Gers : le choc et la peur après le meurtre du viticulteur André Dauzères

Mouchan, charmante petite commune de 480 âmes ne vit plus en toute quiétude comme elle pouvait le faire jusqu’alors. Et sans doute pour un bon moment. En fait, depuis le mercredi 5 décembre, leur « monde » a changé. Ce jour-là, au petit matin, André Dauzère, 76 ans, a été abattu d’une décharge de fusil de chasse en pleine poitrine dans la cour de son domaine viticole, lieu-dit la Salle.  La victime, un « enfant du pays » que nombre d’anciens ont côtoyé sur les bancs de l’école. Veuf d’une Mouchanaise issue elle aussi d’une famille implantée ici depuis plusieurs générations. Ce viticulteur, ancien président du comité des fêtes « qui avait même mis de ses deniers dans un fond de caisse vide », se souvient un ami, fut également président d’une association de majorettes. Quasiment tout le monde le connaissait.

Un projet qui arrivait à maturité

D’autant que sa forte personnalité avait, elle, contribué à sa réputation. Une réputation qui dépassait largement les frontières de la commune grâce au musée viticole créé en 2006. Sa grande passion. « Depuis des années, il rêvait de pouvoir construire un véritable musée, qui aurait pu enfin abriter la totalité de sa collection, souligne le maire. Pour des raisons administratives ça bloquait. J’avais même écrit une lettre au Président Sarkozy. Car, la commune croyait aux retombées économiques de ce projet. Et aujourd’hui que nous allions enfin pouvoir le faire aboutir… Il arrive ça ! » Et Christian Touhé-Rumeau de préciser : « Nous venions de modifier le plan local d’urbanisme. Un porteur de projet photovoltaïque devait lui construire le bâtiment. »

Le maire prend 3 jours de congés

Mais le maire, qui pleure son ami, ne se désole pas que sur ce projet désormais fortement compromis. Ses préoccupations premières vont vers la famille de la victime (dont sa fille) et plus largement en direction de toute la population très choquée, mais aussi inquiète depuis et événement.

« Un tel drame dans le Gers c’est déjà rare, indique le maire. Chez nous, c’est une première. Depuis mercredi, je ne cesse de recevoir des SMS et des mails. Des gens viennent à la mairie. Les personnes âgées en particulier ont peur et ont besoin d’être rassurées. J’ai pris trois jours de congés pour gérer cette situation exceptionnelle ; et, depuis mercredi, dès que j’en ai le temps, je circule dans le village pour discuter avec mes concitoyens. Certains anciens se barricadent chez eux : la peur d’un rôdeur ! En milieu rural, un truc pareil, c’est terrible… Si ça dure trop longtemps, j’envisagerai de réunir la population ».

« Les enfants ont entendu parler de cette histoire, signale une maman. On ne voit ça que dans des films. Mouchan, ce n’est pas Marseille ! »

Seniors et enfants ont peur

Elle ajoute : « Tout le monde en fait est choqué, car tout le monde le connaissait plus ou moins, certains depuis l’enfance. Forcément, une vieille famille mouchanaise. Et puis, il y a les circonstances de cet assassinat. »

La maman synthétise : « Trois sentiments se dégagent en fait : le choc, l’angoisse, la tristesse. Le village a presque été recouvert d’une chappe de plomb. »

Une chappe de plomb… mais aussi peut-être une part d’omerta. Car, ici, dans ce monde rural, les Mouchanais de souche se montrent plus taiseux. Et les enquêteurs auraient parfois bien du mal à trouver des réponses à certaines de leurs questions. Il y aurait même des sujets qui fâcheraient plutôt…

Aux côtés du maire le dimanche

Le maire quant à lui songe alors à ses derniers échanges avec André : « Je pense avoir été l’un des derniers à lui parler. Vers 17 heures dimanche, alors que la pénombre gagnait, il a quitté un repas organisé au village. Il avait rigolé toute la soirée. A table, il m’avait indiqué avoir découvert dans une brocante une photo du mariage de mes parents. Au moment de nous quitter, nous avons convenu de nous retrouver chez lui dans la semaine autour d’un floc pour qu’il puisse me faire cadeau de ce cliché. »



Une battue de chasse et un repas

Concernant le repas organisé au village auquel a participé André Dauzère dimanche, le maire se montre plutôt discret. Toutefois, nous avons pu apprendre qu’il s’agissait d’un repas proposé par la société de chasse communale. Depuis des années, André Dauzère avait ouvert ses terres (plusieurs dizaines d’hectares) à cette société. Une partie de chasse a rassemblé quelque 60 fusils, dont une trentaine tenus par des chasseurs venus de Vendée. En effet, la commune étant jumelée avec celle de Mouchamps, la société de chasse avait invité les Nemrods vendéens. Un repas amical avait eu lieu en soirée samedi mais André avait décliné l’invitation, tout en acceptant celle pour le lendemain.

On notera qu’au nombre des multiples auditions (réalisées dès jeudi par les gendarmes), les chasseurs du coin présents à cette soirée comme à la battue ont été entendus ou le seront. Aucune piste n’est négligée par les enquêteurs, et « plusieurs » resteraient ouvertes.