Allemagne: Annegret Kramp-Karrenbauer élue à la présidence de la CDU

Arrivée en tête du premier tour, elle a dû en passer par un second tour pour venir difficilement à bout de Friedrich Merz, qu’elle a devancé par 517 voix contre 482, soit moins de 52% des suffrages des 1 001 délégués réunis en congrès à Hambourg.

« AKK », également surnommée la « Mini-Merkel », partage l’approche centriste et consensuelle de la chancelière. L’expérience qu’elle a acquise en tant que ministre-présidente de la Sarre entre 2011 et 2018 en faisait la favorite de l’aile pragmatique du mouvement.

A la tête de ce Land limitrophe de la France, elle a dû cohabiter avec les Verts et les libéraux du FDP, et y a acquis une capacité à fédérer qui pourrait être utile à Berlin, où les coalitions sont devenues la règle.

Membre de l’aile gauche de la CDU, elle a plaidé pour l’instauration d’un salaire minimum et pour la taxation à 53% des plus hauts revenus.

Plus conservatrice sur les questions de société, elle s’est notamment opposée à la publicité sur l’avortement et a suscité une polémique en 2015 en jugeant que le mariage homosexuel risquait de favoriser l’inceste et la polygamie, mais prône la
parité homme-femme dans les conseils d’administration des grandes entreprises. Elle avait l’appui du ministre des Finances Peter Altmaier. Mariée à un ingénieur des mines, elle est mère de trois enfants.

Réactions au sein de la CDU

La victoire d’Annegret Kramp-Karrenbauer est serrée. La CDU est aujourd’hui un parti divisé. AKK devra très vite chercher le dialogue avec l’aile plus conservatrice du parti pour persuader ceux qui ne l’ont pas soutenue qu’elle peut répondre à leurs attentes. Pascal Thibaut, notre envoyé spécial à Hambourg, a recueilli les réactions de délégués CDU.

Tim Peters, délégué au congrès, a voté pour Friedrich Merz : « Après 18 ans d’Angela Merkel, il aurait fallu quelque chose de vraiment nouveau, regrette-t-il. Friedrich Merz aurait vraiment pu changer la CDU tandis que Annegret Kramp-Karrenbauer est quelqu’un qui va représenter la continuation d’Angela Merkel. »

Les supporters d’AKK, tendus en amont avant un scrutin difficile, ont été soulagés que leur favorite l’emporte à l’arrivée. C’est le cas du militant Sebastian Hass. « Annegret Kramp-Karrenbauer est un très bon choix, souligne-t-il. C’est une femme très expérimentée, ancienne ministre, présidente de la Sarre, elle a une très grande affinité franco-allemande et européenne. Je suis vraiment très heureux du choix des délégués. »

Hormis le rassemblement du parti et son renouvellement, Annegret Kramp-Karrenbauer devra dès l’an prochain prouver que la CDU sous sa présidence peut se redresser après de mauvais résultats ces derniers mois.

Quatre élections régionales et les Européennes constitueront le baptême du feu de la nouvelle présidente. Depuis l’annonce du départ d’Angela Merkel, la CDU a regagné du terrain dans les sondages.