Merkel en liberté conditionnelle

Depuis sa décision fin octobre de  ne pas briguer de nouveau mandat à la tête de la CDU, Angela Merkel semble libérée ! La chancelière ne s’était pas montrée aussi souriante et assurée depuis longtemps, se permettant même d’être taquine à l’égard de ses détracteurs les plus sévères.  Empêtrée dans une affaire de dons illicites , la coprésidente de l’AfD Alice Weidel, en a fait la désagréable expérience il y a quinze jours devant un Bundestag amusé.

En choisissant de laisser la CDU vivre sa vie, Angela Merkel n’a de fait plus à gérer les tensions au sein du parti conservateur avec son allié bavarois la CSU. Elue pour la huitième année consécutive femme la plus puissante du monde par le magazine Forbes, elle est toute à sa tâche de leader du moteur politique et économique de l’Union européenne. C’est dans ce rôle qu’elle a jeté mi-novembre à Strasbourg, devant le Parlement européen, les bases de son agenda pour l’UE,  soutenant notamment le projet d’armée européenne d’Emmanuel Macron.

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La Loi fondamentale protège la chancelière

C’est aussi dans cet habit qu’elle a défendu une semaine plus tard  le pacte mondial sur les migrations  devant le Bundestag pour qu’il l’adopte. Elle venait d’effectuer une visite à Chemnitz, où ont éclaté fin août des manifestations violentes contre les étrangers et où les partisans de l’AfD l’avaient accueillie avec des « Merkel muss weg » (« Merkel doit partir »).

Angela Merkel a reconnu qu’elle pouvait être un élément de polarisation. Mais, si son parti peut révoquer sa présidente, la Loi fondamentale allemande protège la chancelière : selon l’article 67, le Bundestag ne peut la destituer qu’à la condition de rassembler une majorité pour lui nommer un successeur.

Au sein de la coalition, nul n’a pour l’heure intérêt à une telle manoeuvre qui entraînerait de nouvelles élections fédérales. Quel qu’il soit, le nouveau président de la CDU devra d’abord se concentrer sur l’unité du parti lui-même, après un scrutin qui promet d’être très serré entre  les deux favoris , Friedrich Merz et Annegret Kremp-Karrenbauer. Par conséquent « il y a aura beaucoup de déçus et il faudra les intégrer pour éviter une fragilisation de la CDU », anticipe Ursula Münch, directrice de l’Académie d’éducation à la politique à Tützing.

La rentrée 2019 pourrait être chaude

Quant aux sociaux-démocrates, leur destin est lié à celui d’Angela Merkel.  Leur chute libre lors des élections en Hesse et en Bavière cet automne ne peut en effet que renforcer leur préférence pour le statu quo car des élections fédérales menaceraient de les affaiblir considérablement.

Combien de temps encore durera cette marge de manoeuvre retrouvée ? Les élections régionales qui se dérouleront en septembre et en octobre dans les trois états d’ex-Allemagne de l’Est que sont la Saxe, le Brandenbourg et la Thüringe, pourraient changer la donne. Un renforcement de l’AfD , qui a fait de Merkel sa tête de turc, pourrait de nouveau la mettre en difficultés alors même que sera venu le temps du bilan à mi-mandat de sa coalition gouvernementale exigée par le SPD.