Marseille – Tuerie du Prado-Carénage : 80 années de prison requises

Une tuerie qui aura fait deux morts à Marseille, dans la nuit du 9 au 10 novembre 2015, 47 étuis de kalachnikov retrouvés sur la scène de crime, 11 de 9 mm, une violence inouïe, des marches arrière en pleine voie de circulation… Comme dirait le vice-procureur Sandrine Royant, on attendait peut-être, lors du visionnage de la bande-vidéo qui a filmé la scène, “le clap de fin de Luc Besson, mais non, martèlera-t-elle, c’est la première fois qu’on met au jour à Marseille une équipe de logisticiens, structurés, professionnalisés au service du crime“.

Loin de “l’image d’Épinal de la cité phocéenne“, c’est bien “le sang d’une jeunesse” qu’on a versé cette nuit-là dans le tunnel Prado-Carénage. Avec des acteurs qui ont livré le énième épisode de la guerre entre la bande des Blacks, dirigée par la famille Ahamada, et celle des Gitans, emmenée par les frères Bengler. Si, insistera le magistrat, les noms des cités des Cyprès, des Lauriers, des Oliviers, du Clos La Rose ou des Bleuets “chantent de manière bucolique“, il ne faut pas se fier aux apparences, “malheureusement, on s’y déchire“. Depuis 2008, la guerre des gangs a accouché de 23 règlements de comptes, qui ont fait 46 victimes, dont 29 ont succombé à leurs blessures et 17 blessés. Depuis août 2015 et la libération de Mohamed Mhoumadi, dit”Babouin”, ce sont même 13 règlements de comptes, ayant causé 16 morts, qu’il faut recenser. Autant dire qu’il n’est pas dans ces affaires de banditisme de “petites mains“, estimera le procureur. On est “dans un contexte de vendetta, dans une logique de guerre des clans” et c’est sans barguigner que Sandrine Royant a ciblé hier le mobile de cette tuerie du Prado-Carénage : l’assassinat dans la nuit du 24 au 25 octobre 2015, à la cité des Lauriers, de trois jeunes, dont deux mineurs. Si la justice n’a pas résolu cette affaire, la rumeur publique a pointé “Babouin” comme un des auteurs. La fusillade de Prado-Carénage n’en serait que la violente et hâtive réplique, quinze jours plus tard. Un “match retour“, comme disent les “flics”.

Si les tueurs du Prado-Carénage n’ont pas été identifiés, les baliseurs le seraient. Le parquet évoque “une parfaite adhésion des logisticiens au projet criminel“. Dans un réquisitoire clair, étayé et bien construit, Sandrine Royant a repris la téléphonie dans le détail pour démontrer le rôle de chacun, leur présence à Aubagne près du domicile de “Babouin” ou près de la scène de crime, dans le tunnel. Ainsi des peines de 10 à 15 ans de prison ferme ont été requises à l’encontre des sept prévenus jugés depuis lundi pour association de malfaiteurs et non pour homicides volontaires ou complicité. Contre Mhoussine Ali, Moussa Kaissani, Mehdi Aimad et Abdelkrim Semlali, tous membres de la bande des Blacks, et contre Omar Mhoumadi, membre du clan des Gitans, l’accusation a réclamé 10 ans. Contre Youssouf Aimad, membre de la première, et contre Ahamadi El Mounir, acteur de la seconde, tous deux en récidive, le parquet a réclamé 15 ans. Le magistrat a aussi sollicité contre chacun une interdiction de séjour pendant 5 ans dans les Bouches-du-Rhône et l’application d’une période de sûreté des deux tiers en raison de la particulière gravité des faits.

Au nom des victimes de la fusillade, Me Stéphanie Spiteri a rappelé hier “l’horreur” des images vues par leurs enfants et demandé de les considérer avant tout comme “des hommes” et “des pères“. La défense a désormais la parole. Le jugement devrait être rendu lundi soir.

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