La Chine à la conquête de la face cachée de la lune

La lune nous montre toujours la même face. Or, personne n\'a encore réussi à poser une sonde du côté obscur.
La lune nous montre toujours la même face. Or, personne n’a encore réussi à poser une sonde du côté obscur. (AURELIEN MORISSARD / MAXPPP)

Pékin envoie vendredi 7 décembre vers l’astre lunaire un engin spatial, qu’on appelle un atterrisseur, avec à son bord un petit robot d’exploration. Jusqu’ici, rien que de très classique, on est habitués. Ça dure depuis les années soixante. Ce qui fait de cette opération une première mondiale, c’est qu’il ne s’agit pas seulement d’aller sur la lune, mais sur la face cachée de la lune, celle qui a créé tant de fantasmes, celle qu’on a déjà pu observer par satellite mais qu’on ne voit jamais depuis la terre. Car en vertu d’un phénomène complexe de rotations, la lune nous montre toujours la même face. Or, ni les Russes, ni les Américains, ni personne n’a encore réussi à poser une sonde du côté obscur. La manoeuvre d’approche en tant que telle n’est pas très compliquée. L’obstacle ce sont les communications. Parce qu’il est impossible de transmettre ou de recevoir des ondes radio quand la lune fait obstacle. La navigation et l’atterrissage devront donc se faire “à l’aveugle”.

Lorsqu’elle s’est lancée dans la conquête spatiale, la Chine accusait cinquante ans de retard par rapport aux États-Unis et à la Russie. Elle s’est largement rattrapée. Si tout va bien, l’engin baptisé Chang’e 4 (du nom de la déesse de la Lune dans la mythologie chinoise) devrait arriver à destination début janvier. Cet atterrisseur va se poser dans un grand bassin, une grande dépression de 2 500 kilomètres de diamètre constellée de cratères. Il y déploiera un petit Rover chargé d’explorer les environs pour mieux comprendre la composition du manteau lunaire. Il emportera avec lui des cocons de vers à soie, des semences de pommes de terre et une plante, l’arabette des dames, très utilisée en laboratoire pour voir s’il est possible de les développer. L’objectif de cette mission c’est de voir s’il est possible d’établir de ce côté-ci de la lune une base humaine permanente d’ici 2030.

La Chine part de très loin, mais elle s’est fixé des objectifs extrêmement ambitieux et se donne les moyens financiers pour y parvenir. Même si la plus grande opacité règne dans ce domaine, qui reste contrôlé par l’armée, Pékin ne veut pas seulement montrer que le pays est capable de réussir des missions complexes comme le font déjà l’Europe, la Russie ou les Etats-Unis, mais qu’il peut se démarquer. Son projet le plus impressionnant consiste par exemple à construire des centrales solaires en orbite géostationnaire (à 36 000 km d’altitude) dont l’électricité serait convertie en micro-ondes ou en lasers avant d’être renvoyée sur Terre. L’objectif du président Xi Jinping est clair : d’ici 2049, date du centenaire de la République populaire, l’empire du milieu doit devenir l’une des deux premières puissances spatiales du monde.