Humour involontaire

Etant donné qu’il ne se passe pas grand-chose en ce moment, permettez-moi d’évoquer une anecdote tout à fait hors actualité.

Une amie, spécialiste de la poésie russe, me faisait part d’une révélation récente : « une révélation comparable à celle de Paul Claudel derrière le pilier de Notre-Dame » me précisa-t-elle. « Oui ? » l’interrogeai-je, laconiquement, mais déjà captivé. 

  • – Une barrette de shit… 
  • – Oui ? 
  • – Une barrette de shit, me fit-elle, c’est une contrepèterie parfaite.

Après un court temps de réflexion, je reconnus  l’excellence de ce contrepet et je me demandais aussitôt s’il aurait pu être inclus dans le Bouquin de l’Humour involontaire de Jean-Loup Chiflet dans la collection Bouquins chez Robert Laffont.

Somme riche, drôle et cependant toujours incomplète puisque depuis la sortie de ce livre indispensable, l’humour involontaire n’a pas cessé de fleurir. Juste après la tragédie de la rue d’Aubagne, le maire de Marseille,  Jean-Claude Gaudin a tweeté « nous sommes effondrés », tandis que Éric Macé, le maire de Falaise a dit être tombé de haut quand il a appris que sa ville venait d’hériter d’une généreuse donatrice. On a pu lire dans les journaux que les évêques réunis à Lourdes allaient prendre le problème de la pédophilie à bras le corps. On a pu entendre sur France Inter l’annonce d’un débat sur les handicapés pour voir ce qui marche et ce qui ne marche pas.

A deux pas de la Maison de la Radio existe un musée du vin situé rue des Eaux. Récemment, Riad Satouf répondant à une interview disait « Je suis contre les généralisations en général. »

L’Humour Involontaire est une mine inépuisable et son bouquin recèle de trésors… 

Les femmes et les hommes politiques ont beaucoup œuvré pour nourrir cet ouvrage. 

Christiane Boutin a dit « Il ne faudrait pas que celui qui vient de donner son sperme s’en lave les mains ».

David Douillet a annoncé son prochain retrait de la vie politique, c’est dommage. Il est l’auteur de la phrase « On peut surtout avoir des acquis que l’on peut mettre dans tous les domaines possibles et inimaginaux. » 

L’écrivain François Hollande, logique et précautionneux, a dit « Je demande aux français de ne pas aller dans les zones à risque car c’est dangereux. »

Jack Lang qui ne se résout jamais à faire comme tout le monde a dit « Je ne voulais pas être parachuté d’en haut ».

Les libraires, eux, en entendent de toutes sortes. On leur dit « Je cherche J’attends un enfant, mais je ne sais plus de qui… » ou « Je cherche l’Ancien Testament, à moins que vous n’en ayez un nouveau ? » « Avez-vous le dernier des Mohicans parce que mon fils a déjà le premier ? » On leur demande toute une littérature parallèle et inédite : « La pute » de Camus, « Un garage contre le pacifique » de Marguerite Duras, « Belle du seigneur » des Frères Cohen, « Pot-au-feu » d’Emile Zola, « Vendredi ou les dindes du Pacifique » de Michel Tournier,  « Légumes du jour » de Boris Vian. De Marcel Proust on réclame « Du côté de chez Swatch » qui en effet est également une réflexion sur le temps.

En revanche, les occasions de rire n’étant pas si nombreuses, on est sûr de ne pas se tromper en réclamant « Le Bouquin de L’Humour involontaire » de Jean-Loup Chiflet, au prix certes de 30 euros mais contenant 864 pages.

En ces temps troublés, souvenons nous de Johnny Hallyday, mort il y a tout juste un an et qui a prononcé cette phrase d’une pureté absolue « Ce qui me rend heureux c’est d’être heureux. »