Annegret Kramp-Karrenbauer prend la tête de la CDU

Au terme de six semaines d’une  campagne électorale qui a tenu l’Allemagne en haleine , les 1.001 délégués de la CDU ont tranché vendredi après-midi. Annegret Kremp-Karrenbauer a été élue présidente du parti conservateur allemand avec 51,7 % des voix au deuxième tour, devant Friedrich Merz. Jusqu’au bout, le suspense aura été total, tant le jeu était serré entre les deux candidats qui faisaient la course en tête, devant le ministre de la Santé Jens Spahn, challenger dont les partisans ont visiblement reporté en majorité leur voix sur l’ancienne secrétaire générale du parti.

Près d’un tiers des délégués aurait attendu d’entendre les discours  des trois candidats, vendredi à Hambourg, pour se déterminer. Il faut dire que le choix était difficile :  Friedrich Merz et « AKK » ont beau avoir martelé leur volonté de redonner à la CDU tout son lustre de grand parti capable de réunir 40 % de l’électorat allemand – contre tout juste 30 % actuellement -, les voies choisies pour y parvenir étaient radicalement différentes.

Un changement dans la continuité

Dans un discours enflammé, la secrétaire générale de la CDU, a dessiné un chemin dans le prolongement des dix-huit années de règne d’Angela Merkel, fait d’unité et de batailles électorales victorieuses pour défendre un parti dont la valeur serait d’intégrer le plus grand nombre. Moins passionné mais tout aussi décidé, Friedrich Merz a au contraire appelé à « un nouveau départ et un changement de stratégie ». Tout en assurant que « bien sûr cela ira bien avec Angela Merkel », le discours de son ancien rival et actuel président du conseil de surveillance de la filiale allemande du gestionnaire d’actif Blackrock n’a pas épargné le bilan de la chancelière.

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« Notre politique environnementale est pleine de contradictions […], on se félicite que l’économie aille bien mais combien reste-t-il aux entrepreneurs à la fin du mois ? », s’est-il ainsi interrogé. Regrettant la montée du parti d’extrême droite en Allemagne, l’AfD, qui a marqué l’ère Merkel, il a aussi exigé un « agenda clair sur l’immigration »« Les citoyens attendent de l’Etat qu’il contrôle ses frontières », a conclu Friedrich Merz.

Un contexte électoral favorable à AKK

Malgré la soif de changement de leur base électorale, les délégués ont finalement été plus sensibles aux dix-huit ans d’ expérience gouvernementale d’Annegret Kramp-Karrenbauer

Une carte maîtresse alors que la CDU va devoir affronter trois élections régionales compliquées dans la partie est de l’Allemagne d’ici la rentrée 2019. Fatigués par les dissensions avec leur parti frère bavarois la CSU, les délégués ont sans doute aussi eu peur de revivre une situation conflictuelle comparable en leur sein. Le slogan « se regrouper et diriger ensemble » choisi par la CDU pour ce 31e congrès collait globalement mieux avec le profil de cette dernière.

D’autant que l’ombre d’Angela Merkel n’a pas fini de peser sur le parti conservateur. La fin du discours de cette dernière avait certes des airs d’adieu. « Aujourd’hui, un seul sentiment m’habite : la gratitude. [Ces 18 ans de présidence] furent un grand plaisir et un grand honneur. Je vous remercie », a-t-elle conclu sous un tonnerre d’applaudissements qui s’est poursuivi en standing ovation de près de dix minutes. Mais Angela Merkel n’a laissé aucun doute sur sa volonté de poursuivre son mandat de chancelière. « Je n’ai pas besoin d’être présidente de la CDU pour rester liée au parti et je reste chancelière », a-t-elle ainsi souligné. L’élection de sa protégée ne peut que la conforter dans cette ambition de durer jusqu’à la fin de son mandat en 2021.