Aloïse Sauvage, la grâce et la modernité aux Trans Musicales

NOUS Y ÉTIONS – Avec une scénographie très réussie, la création originale de la jeune chanteuse de 25 ans, également actrice et danseuse hip-hop, a emballé le public pour la 40e édition du festival rennais.

Elle fait partie des jeunes artistes à suivre de très près. À 25 ans seulement, Aloïse Sauvage multiplie déjà les casquettes. Actrice, on a pu la voir dans le film de Robin Campillo 120 battements par minute l’an passé. Danseuse hip-hop, circassienne de formation, elle écrit des chansons dont la scansion la rapproche du rap mais dont les textes s’inscrivent dans le meilleur registre de la chanson française.

Invitée spéciale des Trans Musicales, elle y a présenté une création originale préparée en seulement un mois. Sur la scène de l’Aire Libre, à Saint-Jacques-de-la-Lande, des chanteurs comme Philippe Katerine, Jeanne Added, Stromae ou Fishbach l’ont précédée. Donnée cinq soirs consécutifs, cette «création» constitue un des repères de ce festival de découvertes.

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Sur un grand plateau noir vide, elle s’élance, silhouette souple et gracile. En fond de scène, deux musiciens tiennent les claviers et la batterie. Les éclairages au sol illuminent un grand tapis, noir également. Le mot se détache avec précision et autorité. La voix d’Aloïse Sauvage est tranchante, ses textes percutants comme un appel à vivre et à s’affranchir de nos pesanteurs. Elle se déclare émue et stressée à se retrouver exposée ainsi, un an tout juste après ses premiers concerts, et alors qu’elle n’a pas encore sorti d’album.

«Je vis beaucoup de premières fois», explique-t-elle, présentant ses deux accompagnateurs, Arthur et Marius. Ce soir, le concert est retransmis sur les antennes de FIP. Aloïse Sauvage ne manque pas de s’adresser aux auditeurs. Ses chansons sonnent comme des injonctions douces à s’évader. En short noir et baskets blanches, la jeune femme se déplace avec une grande grâce, à mi-chemin entre la danse hip-hop et le cirque.

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À un moment, son micro est suspendu par un filin, ce qui lui permet de tourner autour et de se contorsionner au gré de son altitude. La scène est alors comme une piste de cirque éclairée par une poursuite. Dans un joli numéro d’équilibriste, la chanteuse décolle du sol pour tournoyer en équilibre, sans jamais perdre son souffle. La jeune femme a abordé ce spectacle en véritable athlète, et non comme une simple interprète qui agrémenterait sa prestation de quelques chorégraphies. Cela la rend à la fois très moderne et très ancrée dans les disciplines classiques et l’exigence du spectacle.

«C’est crevant la musique.»

«C’est crevant la musique», lance-t-elle à un moment avec humour. Aloïse Sauvage parle beaucoup, s’exprimant avec beaucoup d’éloquence et de sagesse. Elle chante l’amour à l’heure où les frontières de genre sont mouvantes. La sexualité aussi, avec délicatesse sur «À l’horizontale». Plusieurs formules font mouche, comme «mes désirs sont des délires». Elle évoque ses envies et invite chacun à se laisser dévorer par elles. «Aphone à force d’être à fond» est le mantra d’un morceau sur lequel la salle, debout, chante avec elle.

Avec ce spectacle aussi réglé que spontané, Aloïse Sauvage s’impose définitivement comme une des figures à suivre cette année.

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