Novembre 1918 en Allemagne: le début d'une nouvelle ère

Le 11 novembre à 11h11, c’est d’abord en Allemagne le début de la période du carnaval. La fin de la Première Guerre mondiale ne joue quasiment aucun rôle dans la mémoire collective largement dominée par le Troisième Reich. Autant dire que si la chancelière Merkel ne se rendait pas ce week-end en France (samedi à Rethondes, là même où les armistices de 1918 et 1940 ont été signés avant d’inaugurer dimanche à Paris un forum sur la paix), ce centenaire ne susciterait pas plus d’intérêt sans doute en Allemagne que les années passées.

Cette différence importante par rapport à la France s’explique bien sûr que le fait que l’Allemagne a perdu la Première Guerre mondiale, mais aussi en raison des interprétations opposées qui, très tôt, furent données de cette défaite. Les militaires, les partisans de la monarchie comme les forces conservatrices et d’extrême droite estiment que c’est la trahison des civils, et notamment des politiques, qui explique cette défaite. C’est la fameuse théorie du coup de poignard dans le dos. Les partisans de la République qui vient de se mettre en place préfèrent choisir quelques mois plus tard une date plus positive pour célébrer la rupture que signifie la fin de la Première Guerre mondiale, à savoir le 11 août, date à laquelle la nouvelle Constitution de la République de Weimar fut adoptée en 1919.

Première démocratie parlementaire

Cette année cependant, novembre 1918, est très largement traitée dans les médias. Mais ce n’est pas la fin de la Première Guerre mondiale avec l’armistice du 11-Novembre qui joue un rôle central. L’Allemagne s’intéresse avant tout à une période de rupture, une révolution, qui marque le début d’une nouvelle époque avec la fondation de la République. Les responsables militaires à l’automne 1918 ont compris que leur pays ne peut que perdre à terme la guerre. Ils proposent de confier le pouvoir aux forces politiques (sociaux-démocrates, libéraux, centre catholique) qui ont adopté l’année précédente une résolution en faveur de la paix. Ces civils devront ainsi supporter le poids de la défaite en lieu et place des responsables militaires.

Les événements s’accélèrent avec la révolte des marins à Kiel, dans le nord de l’Allemagne, qui se mutinent contre le souhait de leur hiérarchie de lancer une opération navale contre les ennemis de l’Allemagne. Des soulèvements ont lieu dans différentes villes du pays. A Munich, la dynastie des Wittelsbach doit abdiquer le 8 novembre. Le soulèvement populaire atteint Berlin le lendemain. Le chancelier Max von Baden, sans attendre la réponse de l’empereur qui se trouve dans son QG en Belgique, annonce que Guillaume II abdique. Ce dernier prend la fuite le lendemain pour les Pays-Bas restés neutres. La République est proclamée le 9 novembre. Un gouvernement révolutionnaire dirigé par le social-démocrate Friedrich Ebert se met en place.

La démocratie parlementaire s’installe, les femmes obtiennent le droit de vote. A Berlin, comme dans d’autres villes allemandes, le pouvoir est géré par des conseils d’ouvriers et de soldats qui se sont constitués spontanément et qui soutiennent majoritairement les forces réformatrices. Des heurts violents ont lieu cependant durant l’hiver avec le soulèvement des forces spartakistes, plus à gauche, qui sont brutalement combattues grâce au recours par les nouveaux responsables politiques aux militaires et à des forces réactionnaires proches de l’ancien régime. Une grave hypothèque pour la nouvelle République. Des élections en janvier 1919 donnent une majorité à une coalition formée des sociaux-démocrates et d’une partie de la droite. Elle est baptisée « coalition de Weimar », du nom de la petite ville de Thuringe où une Constituante élabore une nouvelle Loi fondamentale loin des troubles qui menacent dans la capitale allemande. C’est cette ville qui donne son nom à « la République de Weimar », qui disparaitra brutalement avec l’arrivée au pouvoir de Hitler en 1933.

Cette première démocratie parlementaire dans l’histoire de l’Allemagne doit affronter dès le départ de lourdes hypothèques. Les forces réactionnaires partisanes de la monarchie restent puissantes et travailleront à saper la République. Pire, elles se livrent à des tentatives de putsch et des attentats politiques. Le nouveau régime est contraint de recourir aux anciennes élites dont il se retrouve dépendant. La haine de ces dernières contre la République se renforce lorsque les conditions du traité de Versailles sont rendues publiques. L’Allemagne doit abandonner des territoires, accepter des restrictions de souveraineté et se voit imposer de lourdes réparations qui fragiliseront le nouveau régime durant des années. Surtout, le pays est considéré comme l’unique responsable du déclenchement de la guerre, ce qui est massivement rejeté en Allemagne.

A gauche, le Parti communiste, avant tout, combat les nouvelles institutions et contribue aussi à leur perte. Ces nombreuses hypothèques pesant sur le nouveau régime et sa fin tragique, expliquent que la République de Weimar avec ses préliminaires dès novembre 1918 ait longtemps été perçue comme une période sombre et plutôt négative de l’histoire allemande. Plus largement, la Première Guerre mondiale et ses conséquences ont longtemps été considérées comme le début d’un processus fatal débouchant à l’arrivée sur le Troisième Reich ultérieur. Ces dernières années, une évolution se fait jour. La République de Weimar est moins perçue comme synonyme d’échec, mais comme un nouveau départ avec une révolution qui débouche sur la première démocratie allemande dont l’esprit et les valeurs ont survécu au nazisme.

Ecouter aussi :

► Première Guerre mondiale: le Hartmannswillerkopf, trait d’union franco-allemand (1918: l’espoir d’un nouveau monde)

► Les monuments aux morts, souvenirs émus de la Grande Guerre (1918: l’espoir d’un nouveau monde)

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