Lille Jeunes et stylées, les nouvelles adresses italiennes renversent la table

Tous les midis, c’est la même histoire
: on fait la queue pour obtenir une table à la Belleza. Photo Alexis Christiaen (Pib) - La Voix du Nord.

Tous les midis, c’est la même histoire
: on fait la queue pour obtenir une table à la Belleza. Photo Alexis Christiaen (Pib) – La Voix du Nord. – VDNPQR

Un « Buongiorno ! » sonore claque dans l’air frais. Il est midi. Une volée de serveurs et de serveuses, sourire et accent en bandoulière, émergent de la Belleza. Sur le trottoir d’en face, la vingtaine de premiers clients, rangés en file indienne entre des poteaux, comme à Disneyland, relèvent la tête. Les jeunes gens en uniforme les saluent, les entourent, puis les accompagnent jusqu’en salle pour les installer. Le joyeux happening dure cinq minutes, en pleine rue Esquermoise. Des passants s’arrêtent. Quelques-uns prennent des photos. Le numéro se reproduit tous les jours. Et ça fait un mois que ça dure.

« Le marketing, c’est dans l’assiette »

Un mois que la bien nommée Belleza cartonne. L’enseigne Big Mamma, qui défraie la chronique (gastronomique) depuis 2015 à Paris, a parfaitement négocié son atterrissage en province. Pourquoi Lille ? « 
Parce qu’il y a un méga engouement pour Lille dans l’équipe, assure Victor Lugger, cofondateur de Big Mamma avec Tigrane Seydoux. C’est une ville chaleureuse, dynamique, gourmande. Notre métier, c’est de donner du bonheur. Et c’est plus facile quand l’équipe est heureuse.
 »

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Et voilà la capitale des Flandres nantie d’une nouvelle adresse tendance. Victor Lugger réfute cependant l’effet de mode ou la recette marketing : « 
Oui, le concept et la déco, c’est important. Mais le meilleur marketing, c’est le contenu de l’assiette, sinon, on fait juste un buzz et ça fait pschitt. On fait des restos bons, pas chers, jolis, chaleureux. Avec ces ingrédients-là, un restaurant marche toujours, mode ou pas. 
»

Dépoussiérer

Des ingrédients pas tout à fait inconnus des gastronomes lillois. Le créneau de la trattoria napolitaine jeune, sexy et abordable, virtuose des réseaux sociaux, est occupé depuis l’année dernière par le très couru Papa Raffaele. La parenté va jusqu’à l’impossibilité de réserver et à aux photogéniques files d’attente dans la rue. « 
Big Mamma a lancé le mouvement en France, mais notre inspiration est plutôt à chercher du côté de Londres, précise Martin Le Pellec, artisan de ce succès local avec son complice Charly Catrix. Après toutes ces années à manger de mauvaises pizzas à 15 €, dans des endroits pas jolis, il fallait bien que quelqu’un finisse par dépoussiérer la formule.
 »

Les deux trublions du Vieux-Lille auraient pu s’entre-dévorer. Mais non. La foule, pas rassasiée, se presse dans les deux adresses. « 
Big Mamma montre qu’il y a de la place pour deux
 », constate Martin Le Pellec. De là à ce que ces succès fassent d’autres émules ? La dernière vague en date à avoir submergé les cartes lilloises s’appelait le burger. Cinq ans après, la roue pourrait tourner à nouveau. Et elle a la forme d’une pizza.

D’Annunzio, la réussite pierre par pierre

Et de cinq. Bientôt cinq restaurants à Lille. La dernière adresse en date, dont l’aménagement intérieur va débuter, aura les pieds dans l’eau, aux Bois-Blancs. On pourrait parler d’un petit empire romain, si la famille d’Annunzio n’était pas plutôt originaire des Abruzzes. Une vraie success story lilloise, entamée à la fin des années 90, dans une épicerie du Vieux-Lille, et construite discrètement, pierre par pierre, à travers la ville, mais aussi à Valenciennes et jusqu’à Biarritz. Depuis l’origine, Gilberto d’Annunzio a fait de la qualité de ses produits sa marque de fabrique et la clé de sa réussite. Sans forcément le clamer sur Instagram. « 
Il y a 21 ans, nos réseaux sociaux, c’était le fax…
 »

«Ça fait du bien à tout le monde»

Sanguin, l’Italien ? Du tout. Le succès de la jeune garde n’est pas forcément pour déplaire aux piliers locaux de la cuisine transalpine. « 
C’est très bien, ça amène du dynamisme dans le centre, estime Bruno Cartini, dont la solide Fossetta, rue des Fossés, ne désemplit pas. Plus on est nombreux, mieux c’est. Il y a de la place pour tout le monde tant qu’on fait bien son travail.
 » Gilberto d’Annunzio, à la tête de quatre belles tables lilloises (In Boca al Lupo, la Bottega, L’Ultimo, Il Bastione), n’est pas davantage ennuyé : « 
Je suis plutôt surpris qu’ils ne soient pas venus avant ! Je n’ai jamais aussi bien travaillé que depuis l’arrivée de Big Mamma. Ça fait du bien à tout le monde, ça nous réveille et ça rappelle aux gens qu’on est là.
 »

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Le vent frais qui balaie les cuisines lilloises ne ferait donc que des gagnants ? Voire. « 
Ce n’est pas nous qui pâtissons de Big Mamma, s’étonne presque Martin Le Pellec. Mais ce seront peut-être les restaurants vieillissants. Les clients deviennent plus exigeants.
 » Un autre patron lillois reconnaît mezza voce que « 
certains vieux restaurants italiens sont presque des caricatures
 ». Heureusement, pour déguster une pasta sur une jolie nappe et un air de mandoline, il restera toujours La Belle et le Clochard.

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