Le Secours Catholique s'inquiète du renoncement des plus pauvres aux aides sociales

Le rapport statistique annuel du Secours Catholique, paru ce jeudi 8 novembre, dresse un nouvel état des lieux de la pauvreté en France. Premier constat : les personnes agées, vieillissement de la population oblige, sont de plus en plus nombreuses à se tourner vers l’association.

Autre tendance : les femmes sont toujours plus nombreuses à connaitre la précarité. Enfin, la proportion de chomeurs parmi les personnes prises en charge par le Secours catholique est huit fois plus importante qu’au sein de la population française. Plus grave : les deux tiers d’entre eux ne perçoivent pas d’indemnités.

Manque d’information

« On constate beaucoup de non-recours aux aides chez les personnes que nous recevons », explique Elisabeth Besnard, directrice du Secours catholique Haute-Vienne.

« Dans 29% des cas, les aides qu’ils percevaient se sont arrêtées. Dans 23%, elles leur ont été tout simplement refusées. Pourquoi ces refus ? Souvent parce qu’ils ont été mal informés, et s’y prennent du coup très voire trop tard, d’autant plus que certains ont difficilement accès à Internet ».

Démarches complexes et interlocuteurs nombreux

Conséquence : de nombreuses personnes éligibles aux aides abandonne leurs démarches, découragées. « Il y a un écart entre la façon dont ces aides sont présentées, c’est à dire comme un droit, et la façon dont elles sont vécues, c’est à dire comme une souffrance supplémentaire à cause des difficultés d’accès », explique Luc Piochon, délégué du Secours Catholique Limousin.

« La rupture des droits est une situation que nous rencontrons fréquemment. Seules 20% des personnes concernées prennent la peine de déposer un recours, alors que dans plus de la moitié des cas, elles obtiennent gain de cause. »

Problèmes d’accompagnement

Comment expliquer une telle complexité ? « 43 % des gens qui nous contactent sont satisfaits de l’accueil qu’ils reçoivent auprès des organismes, mais ils se plaignent surtout de l’accompagnement qui suit ».

Le Secours Catholique préconise donc que chaque demandeur ait affaire à un interlocuteur unique pour suivre son dossier et ses démarches sur le temps long.

Valoriser l’engagement des bénévoles précaires

Un découragement qui accroit les difficultés financières. Parmi toutes les personnes accompagnées par le Secours Catholique, la moitié perçoivent moins de 540 € par mois, alors même que le seuil de pauvreté en France est fixé à 1026 € de revenu mensuel.

La situation est plus grave encore en Limousin, où le revenu médian est de 506 €. « A 500 € par mois, on voit bien que personne ne vit dignement avec les seules aides sociales », déplore Raoul Patureau Mirand, Président du Secours Catholique Limousin. « Dans notre région, il faut au moins 850 € par mois », ajoute Luc Piochon.

Des procédures épuisantes

« Certains préfèrent rentrer dans l’illégalité pour éviter toutes ces procédures épuisantes, en travaillant au noir par exemple », ajoute le délégué régional. « Mais aussi parce qu’ils ne veulent pas vivre au crochet de la société ». Une crainte que les bénévoles observent particulièrement chez les plus jeunes ainsi que chez les plus âgés.

« Ca pose aussi problème parce qu’il ne sont pas répertoriés par les statistiques, et donc pas pris en compte par les politiques publiques », se désole Elisabeth Besnard.

« Quand on obtient un travail, on retrouve sa dignité »

Le retour à l’emploi reste pourtant la principale voie pour sortir de la précarité. « Les personnes qui nous contactent le disent : quand on obtient un travail, on retrouve sa dignité », raconte Elisabeth Besnard.

« On a aussi beaucoup de personnes sans emploi qui s’engagent comme bénévoles auprès du Secours Catholique. On voudrait que ces démarches soient prises en compte par l’Etat et les organismes sociaux, soit en leur ouvrant des droits à la formation, soit en leur accordant des trimestres de droits pour la retraite ».

Bastien Roques

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