Immobilier : les Marseillais exaspérés par l'état de leur ville

Apparu après le drame de la rue d’Aubagne qui a fait au moins 8 morts, le hashtag #balancetontaudis fédère les témoignages sur l’inaction de la municipalité. Une manifestation est prévue ce samedi.

Les Marseillais sont en colère. Et pas seulement ceux du centre. Le hashtag #balancetontaudis a reçu plus d’une centaine de signalements 24 heures après sa création. Fathi Bouaroua, son initiateur, n’est pas un geek mais l’ancien directeur général de la Fondation Abbé Pierre à Marseille, aujourd’hui au conseil d’administration d’Emmaüs. Il a associé à sa démarche des associations mais aussi des syndicats d’avocats: «L’objectif, explique-t-il, est que les victimes des logements insalubres, les locataires puissent se retourner contre les propriétaires. Que la peur change de camp.» Il est vrai que la loi du silence prévalait jusqu’alors.

En 2016, il n’y a eu dans la région que 400 plaintes et 84 arrêtés pris sur des immeubles en péril. Un chiffre ridicule rapporté aux 40.000 logements insalubres recensés à Marseille. Le silence puis la ligne de défense discutable de Jean-Claude Gaudin ont servi de catalyseurs et mis en relief l’immobilisme de la mairie sous sa cinquième mandature. «Il y a eu mort d’hommes, ce n’est ni la fatalité ni le hasard qui sont à l’origine de ce drame», constate, effaré, un élu Les Républicains. D’autant que les événements tragiques se poursuivent, avec un huitième corps sorti des décombres vendredi après-midi et 17 immeubles dans le périmètre de la rue d’Aubagne évacués ou en cours d’évacuation. 359 personnes ont dû être relogées en urgence. Peut-être pire que tout pour l’image de la mairie, le ministère de l’Intérieur envoie des équipes «de Paris» pour expertiser les immeubles de tout le quartier. Sur les réseaux sociaux, les témoignages sur le laisser-aller de la gestion municipale se multiplient.

Les Marseillais découvrent chaque jour de nouvelles impérities d’une cité à deux vitesses. Ainsi cette école maternelle, rue Saint-Vincent-de-Paul. Construite en 2011, elle accueille 200 enfants alors que des malfaçons sur le toit provoquent des inondations. Les premières fuites sont apparues en avril et le problème n’est toujours pas réglé. Si le ressentiment est patent, la solidarité l’est également. Des collectes de vêtements, de couvertures, de denrées alimentaires sont organisées par des associations locales. Car, sur ce terrain aussi, la mairie semble absente, même si c’est elle qui assume le relogement des habitants évacués.

Autre signe de cette colère qui ne désarme pas et que pour l’instant aucun politique y compris dans l’opposition ne réussit à incarner: deux manifestations sont annoncées. D’abord une marche blanche, samedi, sous le signe du recueillement et de l’hommage aux victimes. Un groupe Facebook entend la poursuivre jusque sous les fenêtres du maire. L’événement a été baptisé: «Marche pour la pluie», une allusion aux premiers mots de Jean-Claude Gaudin qui, arrivé sur les lieux de la catastrophe, avait mis en cause les précipitations.

Mercredi à 18 heures, une manifestation de colère cette fois est prévue, qui appelle à la solidarité de tous les quartiers de Marseille. Jean-Claude Gaudin vit l’épisode le plus difficile de ses 23 années passées à la tête de Marseille.

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