HIGH LIFE

NB : Cette tribune dévoile plusieurs éléments de l’intrigue.

Le film commence avec un astronaute (R. Pattinson) travaillant sur l’extérieur d’une navette ressemblant à un container en lévitation, percevant à travers un moniteur portable les gazouillis d’un adorable bébé. Rapidement, on devine que ces deux protagonistes sont livrés à eux-mêmes, seuls survivants d’une étrange mission.

Mais que fait Robert Pattinson, seul dans l’espace, avec un nourrisson ? Voilà la question que le spectateur se pose lors des premières minutes (et à l’issue) de High life. Le temps de recoller les morceaux, on comprend que l’équipage composé de criminels a été envoyé en expédition pour extraire une source d’énergie inépuisable d’un trou noir. Pour passer le temps, une hystérique a décidé de jouer les championnes de l’insémination pour créer la créature parfaite, coûte que coûte. Et c’est après une belle série de viols et de meurtres sauvages que le pauvre voyageur de l’espace s’est retrouvé seul, avec pour seule compagnie ce petit enfant innocent.

Mécanique des fluides

Après l’inqualifiable Les salauds, Claire Denis propose avec High life une nouvelle variation de son nihilisme et de sa misanthropie crasse, toute fière d’être régulièrement financée pour mettre en images ses obsessions masturbatoires.

Pourtant, quinze minutes maintiennent l’illusion. Vingt minutes, à la louche. De quoi ravir les esthètes : Robert Pattinson en apesanteur, câlinant un bébé dans un jardin reconstitué. On se prend à rêver d’un Moon, production lunaire minimaliste par le fiston de Bowie. Mais Claire Denis ne met pas longtemps pour nous ramener à sa triste réalité et dérouler son habituel programme à base de violences sexuelles et d’abus psychologiques, l’assaisonnant de fluides en tous genres et à foison : sperme, urine, déjections, sécrétions buccales, montées de lait et autres menstruations ont une nouvelle fois les honneurs de cette cinéaste visiblement tourmentée par le phallus et le vagin, qu’ils soient artificiels ou bien réels.

Bien incapable d’offrir une quelconque esthétique à sa production internationale, Claire Denis nous afflige dès le départ d’une photographie hideuse et d’une direction artistique médiocre. Les couloirs du vaisseau ressemblent à ceux d’un immeuble lambda et les moniteurs informatiques semblent directement sortis d’un long-métrage des années 70. Rien de neuf dans les étoiles.

Du sperme et de la maltraitance. Du Claire Denis, en somme.

Le propos est tout aussi inconsistant et les provocations incessantes de son auteure ne suscitent guère l’indulgence. Comme d’habitude, Denis vise l’indignation. Et comme d’habitude, sa démarche est trop calculée pour la provoquer. Lorsque l’on décide d’avoir recours à la maltraitance (animale ou humaine) et même – pourquoi pas – à l’insémination non-consentie, il faut que cela soit payant. Mais si l’abjection est la seule intention, on verse dans la pure volonté de choquer.

Pour ne rien arranger, Claire Denis peine à faire oublier ses innombrables incohérences (spoiler : le vaisseau numéro 6, peuplé de chiens qui se dévorent entre eux pour rester en vie mais n’ont pas besoin d’effectuer, eux, un rapport journalier ?) et se voit contrainte de passer en force : l’homme est un loup pour lui-même, capable de s’entretuer pour rester en vie. Quand il s’agit d’une expédition composée de meurtriers condamnés à mort, une évidence scintille, il est inutile de ressasser.

Reste enfin le message final d’High life, qui ressemble plus à la métaphore d’une lycéenne qu’à celle d’une personne mature. La vérité (au bout du couloir) est qu’il n’y a probablement aucun message. Claire Denis se contente de bazarder de nombreux éléments pour déclencher l’abjection, de réunir un semblant de thématiques et de singer d’illustres productions du patrimoine, et d’espérer ensuite que le spectateur fera le reste en mélangeant le tout. Jouant son va-tout pour ne rentrer dans aucune case, et à trouver vouloir se prendre pour une disciple de Kubrick ou Tarkovsky, High life finit par ne ressembler à rien.

Médiocrité cosmique

Et le mystère Pattinson alors ? Il demeure. L’acteur est désemparé, aux côtés d’une Juliette Binoche en roue libre dans la peau d’une ayatollah de la PMA et d’une Mia Goth inconséquente. Abandonné. Lâché par la capitaine de ce navire spatial en perdition, il n’a d’autre choix que de foncer vers le trou noir vers lequel High life l’aspire.

Aussi grotesque et vain qu’un porno chic pour seniors.




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