Ferdinand Foch, le héros tarbais de la victoire

Devenu chef d’état-major des armées au printemps 1918, ce Tarbais met sur pied une stratégie interalliée qui renverse la situation et force l’Allemagne à l’Armistice. Un destin qui lui vaut une renommée internationale plus qu’une reconnaissance locale.

Au cœur de Londres, à la sortie de la gare de Victoria Station se dresse la statue de Ferdinand Foch. Signe de la reconnaissance de la Perfide Albion au glorieux chef des armées tarbais, le seul à avoir été nommé maréchal de France, de Grande-Bretagne et de Pologne. «Lorsqu’ils poussent la porte de la maison natale de Foch, les gens redécouvrent le personnage, son rôle, son titre, son aura, explique l’animatrice des lieux. Mais nous accueillons aussi des étrangers (des Russes, des Polonais, des Américains) qui, eux, connaissent tout du personnage, de son parcours. Quand Foch s’était rendu aux états-Unis, il avait été accueilli par des centaines de milliers de personnes. En France, on ne mesure finalement pas le personnage illustre qu’il fut.» Ou alors à l’aune des nombreux espaces publics à travers le pays qui portent son nom, le plus souvent donné après-guerre. Retour sur la carrière du plus glorieux enfant de Tarbes qui a présidé à l’Armistice il y a cent ans.

Foch, l’enfant de Tarbes

«C’est une famille profondément pyrénéenne.» Le 2 octobre 1851, Ferdinand Foch naît d’un père élevé à Valentine, dans le Comminges, et d’une mère qui grandit à Argelès-Gazost qui auront sept enfants, dont trois fils : Gabriel, Ferdinand et Germain. «Le maréchal naît dans cette vieille maison que louait la famille, aujourd’hui monument historique, une bigourdane caractéristique à deux pas de la préfecture où son père était secrétaire général.» Il restera à Tarbes jusqu’à ses 12 ans, fréquentant le lycée impérial, avant de partir vers l’Aveyron, avec la mutation de son père. «Mais il restera tarbais toute sa vie et revient ici deux fois par an voir sa famille, sa sœur Jenny. Toujours dans la discrétion.» Autre marque d’attachement, lorsque le polytechnicien devient jeune officier, en 1874, il peut se destiner aux régiments prestigieux du bassin parisien. Mais c’est le 24e régiment d’artillerie de Tarbes qu’il choisit. «C’est sans doute ici, à la vue des soldats à cheval dans les rues de Tarbes, qu’il s’est forgé son destin militaire.» La ville revendiquera son héros de guerre auquel il réserve un accueil triomphal lors de son retour en 1919. Le maréchal émet alors le souhait que ses effets personnels reviennent à la ville de Tarbes, même s’il meurt à Paris, en 1929.

Foch, l’offensif diplomate

Absent des champs de bataille en 1870, Foch ne connaîtra réellement qu’un seul conflit , d’abord sous les ordres de Joffre. Face à la progression allemande, Foch et Joffre tombent en disgrâce. En 1917, il revient comme chef d’état-major des armées et poursuit son travail diplomatique et ses échanges avec les Anglais, les Italiens, les Russes, puis les Américains. Au printemps 1918, les Allemands sont à 70 km de Paris. Clémenceau privilégie la stratégie d’offensive et de mouvement de Foch à la guerre de position de Pétain. Foch devient généralissime des armées alliées. «C’est vraiment l’homme de la situation, le héros de la victoire.» En un été, il métamorphose le conflit et conduit la grande bataille de France à la tête des 19 armées.

Mais Foch ne sera pas écouté

Dans l’intimité de la clairière de Rethondes, le maréchal Foch est le chef de la délégation alliée, lors de la signature de l’Armistice, lui l’enfant de Tarbes, alors âgé de 67 ans. Dès lors, il sera décrié, d’aucuns lui vouant des velléités personnelles, d’autres lui reprochant son catholicisme assumé, voire les morts par millions. Il vivra d’autant plus mal la suite des tractations entre belligérants, et notamment le traité de Versailles contre lequel il s’insurge ouvertement. Mais les militaires ne seront guère écoutés. Foch plaidait pour la création d’un état tampon sur les rives du Rhin, seule porte d’entrée entre les deux pays. Il ne sera pas entendu. «On ne garde pas les Allemands en laisse pendant vingt ans», prévient-il. L’Histoire lui donnera tristement raison.


«Nous avons hérité de sa fougue et de son optimisme»

Dimanche, éric Prunet-Foch représentera la famille du maréchal à la maison où il naquit, en 1851. «Si je m’appelle Foch, je n’y suis pour rien», sourit cet habitant de Lascazères, arrière-petit-neveu de Ferdinand Foch. S’il n’a pas connu le maréchal, son père, qui avait 14 ans à sa mort, a été «très marqué par le personnage, éprouvé directement par la Grande Guerre où il a perdu son fils et son gendre dès les premières batailles. Il gardait le souvenir des goûters le dimanche, dans l’hôtel particulier proche des Invalides. C’était aussi quelqu’un qui avait une foi immense. Même pendant la guerre, il allait à la messe tous les matins». Le père d’éric en gardera un goût pour le combat qui lui vaudra de s’illustrer lors de la 2e Guerre mondiale. «Nous avons été élevés dans cette mémoire, dans ce respect, même si je n’aime pas le culte. Nous avons quelque part hérité de sa fougue, de sa détermination, de sa ténacité et de son optimisme, malgré la sévérité. Mon frère a gardé des lettres qu’il adressait à la famille depuis le front.» Et de replacer l’importance de Ferdinand Foch dans la victoire : «Il faut réhabiliter le rôle de Foch dans la Grande Guerre. Il a réussi à fédérer toutes les armées avec le souci d’être offensif et de disposer d’un matériel performant. Ce destin parle derrière nous.»

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