En Alsace, le sol est "infesté" de munitions de la Première Guerre mondiale

Chaque année, les démineurs de Colmar récupèrent 10 tonnes de munitions de la Grande Guerre.

L’armistice a été signé il y a 100 ans, et pourtant, la Première Guerre mondiale n’est pas prête de sortir de nos vies, au sens figuré comme au sens propre : sous le sol, le long des 750 km de ligne de front, dorment des milliers de tonnes de munitions. Certaines sont encore actives, comme en Alsace, où les démineurs de Colmar y consacrent plus de la moitié de leurs interventions. Les démineurs comptent encore trois siècles de travail avant d’espérer retirer toutes les munitions de guerre qui ont été tirées sur le sol français entre 1870 et 1945. 

Quelque 30 000 soldats français et allemands sont morts sur cette montagne des Vosges, le Vieil Armand, anciennement Hartmannswillerkopf, surnommée “la mangeuse d’hommes”. Des centaines de milliers d’obus et de grenades ont été tirés. Et beaucoup d’engins qui n’ont pas explosé sont encore là. Gilbert Wagner, guide au champ de bataille du Hartmannswillerkopf sort de sa remise un seau qu’il tend aux démineurs. Dans ce sceau en plastique noir, la récolte d’une journée : sept grenades et un obus. Un “déluge de fer”, raconte Gilbert Wagner. 

Il y a toujours eu des duels d’artillerie, notamment le 21 décembre 1915, lors du dernier grand assaut. Là c’était cinq heures de bombardements, donc des milliers d’obus qui se sont croisés.Gilbert Wagner, guide au champ de batailleà franceinfo

Le sol est infesté de munitions,” abonde Didier Schaal, commandant du Centre de déminage de Colmar. “C’est la Grande Guerre qui a amené des milliards d’engins dans les sols. Quand on sait qu’en temps de guerre, le non-fonctionnement va jusqu’à 15%… Cent ans après, le service de déminage détruit les munitions par explosion parce que l’explosif qui est dedans est encore très actif. Les gens ne connaissent pas le danger de ces munitions cent ans après.” 

Une fois les munitions récoltées par Gilbert Wagner mises en sécurité, la journée des démineurs n’est pas finie. Il n’y a pas que les grands champs de bataille où l’on trouve encore des munitions. Direction la plaine, le village d’Aspach-le-Haut : un bois en bord de lotissement, plongé dans le brouillard, où passait la ligne de front. “Quand ce lotissement a été créé, on venait très régulièrement pour enlever de la munition donc ça ne m’étonne pas trop que des enfants aient trouvé des munitions, comme c’est leur terrain de jeu,” explique Didier Schaal. “Souvent ils jouent avec et malheureusement ça peut entraîner des accidents”, poursuit le commandant, qui se remémore un accident mortel en 2003 dans la périphérie de Colmar. 

Trois enfants ont joué avec une munition de la Première Guerre mondiale, et malheureusement, la munition a fonctionné suite à une chute au sol. Ça a entraîné des dégâts abominables un mort, un blessé grave un blessé légerCommandant Didier Schaalà franceinfo

Les démineurs ont été appelés par une famille, dont le fils de neuf ans a trouvé trois pièces métalliques rouillées en jouant dans la forêt. “Il est revenu avec un sac avec trois morceaux d’obus inactifs. Il était tout fier de montrer qu’il pouvait participer à la guerre à sa manière“, explique son père. 

Chaque année, les démineurs de Colmar récupèrent 10 tonnes de munitions de la Grande Guerre. Ils estiment qu’il faudra encore trois siècles pour éliminer toutes les munitions du sol de France.

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