Agression sexuelle : six mois avec sursis requis à l'encontre du trompettiste Ibrahim Maalouf

Ibrahim Maalouf avant son procès au tribunal de Créteil vendredi.

Ibrahim Maalouf avant son procès au tribunal de Créteil vendredi.

Photo Cyril Zannettacci pour Libération

Le musicien comparaissait vendredi après-midi à Créteil pour agression sexuelle envers une stagiaire de troisième, en 2013. Le délibéré a été renvoyé au 23 novembre.

22h30, ce vendredi au tribunal de grande instance de Créteil. Les locaux sont quasiment vides, les couloirs déjà éteints. Seule la onzième chambre correctionnelle est encore éveillée : Ibrahim Maalouf, le célèbre trompettiste franco-libanais de 38 ans, attend son jugement. Il est accusé d’avoir agressé sexuellement une mineure de 14 ans durant la semaine du 9 au 13 décembre 2013. A l’époque des faits, la jeune fille, originaire de Sète, était en stage de «découverte professionnelle de troisième» dans la société Mi’ster Production du musicien, à Ivry-sur-Seine. On aurait imaginé une audience mouvementée, grouillant de curieux et de caméras. Seule une quinzaine de personnes sont restées jusqu’au bout de ces quatre heures de procès. La famille de la jeune fille, quelques soutiens du musicien, quatre ou cinq journalistes. Et la présidente, qui a finalement conclu que l’affaire ne sera délibérée que le 23 novembre après que le parquet a requis six mois de prison avec sursis.

Réveillon de Noël 2013. Léa (1) est en famille, mais son esprit est ailleurs. Voilà dix jours que l’adolescente a terminé son stage de troisième aux côtés d’Ibrahim Maalouf ; dix jours que sa mère s’inquiète de sa mine triste et de ses yeux de plus en plus assombris. «J’ai eu une espèce d’intuition, a témoigné cette femme de 46 ans lors de son audition. J’ai décidé de faire le code du téléphone de Léa et d’aller voir ses échanges de SMS, ce que je fais rarement. C’est là que j’ai découvert les échanges de textos avec Ibrahim Maalouf. Cet homme a demandé à ma fille, à plusieurs reprises, dans plusieurs messages, de lui envoyer des photos d’elle nue.»

Averti par sa femme, le père de Léa appelle le musicien dans la foulée. A l’autre bout du fil, Ibrahim Maalouf explose en larmes, reconnaît sa faute, s’excuse. Quelques heures plus tard, il enverra également ce message : «En ce jour de Noël, j’ai honte d’avoir été faible avec Léa. Je n’aurais pas dû laisser ma faiblesse atteindre sa jeunesse […] Léa saura quelle a été ma responsabilité et comprendra qu’elle n’y est pour rien.» Auquel les parents lui répondront : «Nous en resterons là pour autant. Dans le but de tout apaiser maintenant, je vous demande de ne plus chercher à la joindre.»

Ce 24 décembre 2013, Léa n’a encore rien dit sur les événements de la semaine du 9 au 13 décembre 2013. Elle se mure dans le silence, intériorise les faits, culpabilise. Les mois suivants, son état psychologique se dégrade. Scarifications, troubles du comportement alimentaire, troubles de l’humeur, tristesse pathologique…. La jeune fille est hospitalisée à plusieurs reprises. Elle finit par évoquer son traumatisme un an plus tard, lors d’une visite médicale chez son médecin de famille. Le 17 décembre 2014, celui-ci décide en accord avec les parents de faire un signalement au parquet des mineurs de Montpellier. Le 10 décembre 2016, Ibrahim Maalouf est mis en garde à vue. Après une enquête préliminaire ouverte pour «atteinte sexuelle», le ministère public décide de renvoyer l’affaire devant le tribunal pour «agressions sexuelles». Des faits que le prévenu n’a cessé de nier durant toute l’audience.

 «Il faisait comme si on faisait l’amour mais sans être nus»

D’après la jeune fille, les événements se seraient produits en deux temps. La première fois, le mercredi 11 décembre, le trompettiste l’invite à l’avant-première d’un film – La crème de la crème – dont il avait fait la bande-son. En sortant de la séance, le musicien propose à la jeune stagiaire d’attendre avec lui un journaliste dans un café près de l’Olympia. Léa raconte : «Il m’a regardée pendant un petit moment, on s’est regardés sans trop quoi dire. Puis il a mis ma main sur la mienne et je ne savais pas trop quoi dire. Puis on est sortis du café […] et puis ça s’est fait tout seul, d’un seul coup, il m’a embrassée. Ensuite il m’a demandé à quoi je pensais, là sur le moment… J’ai dit que ce n’était vraiment pas une bonne idée. Il a dit ”non c’est sûr” en rigolant, ensuite il a dit qu’à ce moment-là, c’était mes parents qui allaient le tuer s’ils l’apprenaient.» De son côté, Ibrahim Maalouf reconnaît le baiser devant le tribunal mais en a contesté l’origine : «Ce bisou n’est pas de mon initiative. C’est elle qui m’a embrassé. J’ai été très surpris, je lui ai pris les mains et je me suis automatiquement éloigné d’elle.»

Puis vient le dernier jour du stage, ce vendredi 13 décembre. Selon la version de Léa, le musicien l’aurait une nouvelle fois embrassée, cette fois-ci dans les locaux du studio, avant de mettre sa main sur ses fesses. «Ensuite, il a passé sa main sous mon tee-shirt et je me sentais trop mal, en fait je ne savais pas quoi faire […] Après il s’est mis derrière moi et il a attrapé mon bassin. Il faisait comme si on faisait l’amour mais sans être nus, je ne sais pas trop comment expliquer.» Des faits qu’Ibrahim Maalouf a contesté catégoriquement à l’audience. Une affaire parole contre parole que devra démêler le tribunal correctionnel de Créteil en moins d’un mois.

Anaïs Moran

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