Série, livre, spectacle… 5 idées pour votre week-end

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Crédits : AND

Toute cette semaine, les critiques de La Dispute ont une fois encore débattu pour vous du meilleur de l’actualité culturelle. Résultat de ces échanges en 5 récréations, un spectacle, un disque, une exposition, un livre, une série. Bonnes découvertes !

Un spectacle : “Sopro”. Tiago Rodrigues nous touche à l’âme

Sopro © Filipe Ferreira
Sopro © Filipe Ferreira

Le génial Tiago Rodrigues a encore eu une merveilleuse idée : écrire et mettre en scène un spectacle avec et autour de la souffleuse du Teatro Nacional Dona Maria II à Lisbonne – l’équivalent portugais de la Comédie Française – , institution qu’il dirige depuis 2012. Si le métier est en voie d’extinction, il n’est que plus précieux de le mettre à l’honneur. Cristina Vidal, souffleuse au Théâtre de Lisbonne depuis trente-neuf ans, est donc toujours sur le plateau, soufflant à chacun des interprètes le texte qu’il donne ensuite à entendre au public. Dépassant ce troublant point de départ formel, Sopro est aussi et surtout une très belle déclaration d’amour au théâtre, et ne cesse de passer de la scène à la coulisse, entre les grands textes du répertoire et les tourments de celles et ceux qui le font, chaque soir, quoiqu’il arrive.

L’avis des critiques :

C’était pour moi le plus beau spectacle donné à Avignon en 2017. On a une entrée en matière totalement lumineuse dans le spectacle. Les choses sont légères, il n’y a pas d’esprit de sérieux dans ce qu’il fait, bien qu’il soit totalement frontal. C’est rare les spectacles qui parlent au spectateur comme ça. On est toujours dans la surprise et dans l’accueil de cette surprise. C’est une ode à la vie, il transcende tout ce qu’il touche. Anna Sigalevitch

Il est difficile de ne pas aimer ce spectacle. Il est beau dans tous les sens du terme. Ce plancher et ces herbes folles c’est beau. On a un cercle magnifique entre la parole et le texte. Le texte répond de façon très simple et lumineuse à de nombreuses questions. On a quelque chose qui touche à l’âme, un enthousiasme et un souffle dans lequel on est complètement pris. Marie Sorbier

Cela m’a touchée. J’ai aimé que cette pièce commence avant que l’on arrive et ne veuille pas se terminer. Dans cette idée de permanence, d’intemporalité, d’éternité, on est vraiment à l’os du spectacle. On voit des acteurs en début de travail, là où tout est censé être le plus fragile, alors que le théâtre n’existe pas encore. Je ne vois pas comment on pourrait ne pas aimer cette pièce si l’on aime le théâtre. Ce n’est pas un théâtre d’initiés, on peut se raccrocher à ce que l’on veut. Lily Bloom

Il suffit de quatre répliques pour que la pièce existe pleinement et qu’on ait l’impression d’avoir vu la représentation tout entière. Le texte est magnifique. Le spectacle est effectivement presque comme 1 h 30 de préparation pour une minute de spectacle. Tiago Rodrigues nous met dans un état de disponibilité. Arnaud Laporte

  • “Sopro”, de Tiago Rodrigues, jusqu’au 08 décembre au Théâtre de la Bastille

Un disque : “Garden of Love” de Scrach Massive

Maud Geffray et Sébastien Chenut sont de retour, et annoncent clairement la couleur avec ce titre emprunté à William Blake : l’amour, thème  évidemment inépuisable et à ce jour inépuisé. Scratch Massive propose toujours un alliage étonnant de techno minimale et de cold wave, et frappe juste. Cet album est destiné à rester collé un bon moment sur nos platines.

  • “Garden of Love” de Scratch Massive, paru chez le label Believe

Une exposition : “Picasso. Bleu et rose”, exceptionnelle !

Pablo Picasso, Pierreuses au bar, 1902 - © Hiroshima Museum of Art © Succession Picasso 2018
Pablo Picasso, Pierreuses au bar, 1902 – © Hiroshima Museum of Art © Succession Picasso 2018

Alors que l’on semblait en overdose d’expositions Picasso, le Musée d’Orsay, avec la complicité du Musée National Picasso, réussit le prodige de livrer une sublime exposition sur l’artiste catalan. Curieusement, c’est la première fois qu’un musée français consacre une exposition aussi complète à ces années 1900-1906, période pourtant essentielle de la carrière du plasticien. 

L’avis des critiques :

C’est une exposition exceptionnelle, d’abord par la qualité des prêts représentés. On peut notamment voir « Les Pierreuses » qui viennent de Cleveland et qui sont très rarement prêtées. L’exposition montre que les scansions qu’on a l’habitude de faire entre ces deux périodes sont beaucoup plus illusoires qu’il n’y paraît. Anaël Pigeat

Beaucoup de ces tableaux ont été peints quand Picasso avait entre 18 et 25 ans. Il est déjà le monstre de peinture qu’il aspire à devenir. On note une volonté de s’affirmer notamment par la taille des signatures. L’exposition pour moi est peut-être un peu trop redondante. La vraie nouveauté toutefois est qu’elle se déroule au Musée d’Orsay. On réunit dans le même lieu les maîtres et l’élève et c’est ce que j’ai trouvé passionnant. Stéphane Corréard

C’est impressionnant de voir tous ces tableaux. On sait qu’à l’époque, il pouvait en peindre trois par jour. Le parti pris est un peu un parti pris d’historien. On se rend compte qu’il n’y a pas autant de césures qu’on le croit. L’exposition est très compartimentée, ce qui fait que ça ne circule pas autant que ça le pourrait. On voit bien une idée de progression logique et chronologique. On parle de période « bleue et rose », mais il y a aussi beaucoup de vert. Or, le brouillage chromatique est assez appréciable. Florian Gaité

  • “Picasso. Bleu et rose” jusqu’au 6 janvier au Musée d’Orsay

Un livre : “Le sillon”, Prix Renaudot 2018

"Le sillon" de Valérie Manteau (Le Tripode)
“Le sillon” de Valérie Manteau (Le Tripode)

Le sillon, Agos, en turc, est le nom du journal où travaillait Hrant Dink, arménien de Turquie, qui fut assassiné en 2017 dans une rue d’Istanbul par un jeune nationaliste. La narratrice du livre, fausse ingénue qui découvre la ville, va s’intéresser à son cas, et nous permet ainsi de mieux comprendre ce que vit la Turquie contemporaine.

L’avis des critiques :

Le propre du Renaudot, c’est de vouloir faire les malins. Ils se sont retrouvés avec une dernière sélection qui n’était pas primable, hors Philippe Lançon, ce qui les a forcés à aller chercher dans la sélection précédente. C’est vraiment un texte magnifique, je ne peux qu’encourager les lecteurs à lire ce livre. Raphaëlle Leyris

C’est un bon livre, quant à savoir ce qui a conduit les jurés à le remettre en course, je serais bien en mal de pouvoir le dire. Je suis assez d’accord pour dire qu’hors Philippe Lançon, il ne restait plus rien à sauver. « Le Sillon » est un peu la topographie accidentée des ruelles sinueuses d’Istanbul. Elisabeth Philippe

Istanbul sert à l’auteure de ville miroir. La narratrice se passionne pour le personnage de Dink qui est un journaliste qui défendait la cause arménienne. Elle fait de l’évolution du pouvoir turc, un portrait tout à fait saisissant. On a également en miroir tout ce qui se passe en France, la diversité est au cœur de ce livre. Etienne de Montéty

La critique souligne sa discrétion, sa finesse, la pertinence du point de vue. Globalement tout le monde est très d’accord. Lucile Commeaux

  • “Le sillon”, de Valérie Manteau, aux éditions Le Tripode

Une série : “Castle Rock”, de beaux moments de grande tension

YouTube – Séries CANAL+Tous les amateurs de Stephen King connaissent la ville pourtant imaginaire de Castle Rock, où se déroulent nombre de ses livres. La grande originalité de cette série est d’avoir créé une histoire originale en se nourrissant du corpus du romancier. Les références et clins d’oeil sont donc nombreux, et la mise en scène élégante offre de beaux moments de grande tension.

L’avis des critiques :

  • “Castle Rock”, de J.J. Abrams et Stephen King, sur Canal+

-En partenariat avec le magazine Grazia-

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