L'aéroport de Bordeaux-Mérignac bloque un avion de Ryanair pour se faire payer

Le syndicat mixte des aéroports de Charente a exigé le remboursement de la somme de 525.000 euros, attendue depuis quatre ans, de la part de la compagnie aérienne irlandaise.

À Bordeaux

Un petit aéroport français contre la compagnie géante irlandaise. Cette version aérienne de David contre Goliath s’est jouée jeudi et vendredi à Bordeaux. Le syndicat mixte des aéroports de Charente (Smac), qui attendait depuis 2014 le remboursement de la somme de 525.000 euros de la part de Ryanair a finalement remporté le bras de fer grâce à un argument de poids: le blocage d’un Boeing 737. Jeudi vers 17 h 30, alors que l’avion venait d’atterrir à Bordeaux et s’apprêtait à embarquer 149 passagers pour Londres-Stansted, un huissier escorté de gendarmes du transport aérien a débarqué au pied de l’appareil et remis à son commandant de bord une ordonnance pour le contraindre à rester sur le tarmac girondin, une décision de saisie conservatoire émanant de la DGAC (Direction générale de l’Aviation civile). En parallèle, la compagnie irlandaise était informée de la situation. Après l’acheminement d’un autre avion, les passagers ont finalement pu décoller vers Londres avec cinq heures de retard.

«On a fait tout ce qui était en notre pouvoir pour récupérer cette somme. Le blocage d’un avion était la procédure ultime pour faire plier Ryanair»

» LIRE AUSSI – Ryanair: la fin du bagage cabine gratuit

«C’est une mesure extrêmement rare, même une première dans ce contexte, explique Éric Héraud, porte-parole de la DGAC. C’est le dernier recours puisque toutes les mises en demeure sont restées sans réponse. Nous sommes dans le bon droit.» Le conflit entre le Smac et Ryanair dure depuis 2014. Pour ouvrir une ligne et s’installer à l’aéroport charentais en 2008, la compagnie aérienne avait demandé des aides financières. Or, en juillet 2014, la Commission européenne a déclaré ces soutiens publics illégaux, au motif qu’ils portaient atteinte à la libre concurrence. Condamné à se faire rembourser, le Smac a pu récupérer une moitié de la somme en 2016 (environ 500.000 euros). Mais depuis, Ryanair a épuisé tous les recours juridiques possibles pour ne pas verser le solde, invoquant l’argument d’une rupture de contrat en 2010, lorsque la ligne s’est arrêtée, selon Didier Villat, président du Smac. «On a fait tout ce qui était en notre pouvoir pour récupérer cette somme, constate François Bonneau, président du conseil général de Charente, l’un des trois membres du Smac. Le blocage d’un avion était la procédure ultime pour faire plier Ryanair.»

La saisie de l’avion (et le coût financier important d’un tel blocage) a payé puisque l’entreprise irlandaise a accepté le remboursement des 525.000 euros dans la matinée de vendredi. L’appareil a pu redécoller le même jour à 12 h 30. Si l’un des avocats de la compagnie, Antoine Guiheux, a dénoncé sur France Bleu une «démonstration de force» de la DGAC, Didier Villat du Smac s’est dit «fier et heureux de montrer qu’on n’a pas besoin d’être un gros aéroport pour faire appliquer la loi».

Le coup de force de la DGAC est aussi un signal alors que d’autres aéroports pourraient être concernés par des subventions indûment perçues: en décembre prochain, la Commission européenne se prononcera sur les aides reçues par Ryanair à Nîmes et Pau (pour des montants respectifs de 6,4 et 2,8 millions d’euros) et une enquête est en cours à Montpellier. Dans les deux premiers cas, Ryanair aurait déjà fait mettre sous séquestre les sommes et donc prévu de rembourser.

Leave a Reply

avatar
  S’abonner  
Notifier de