D'où vient le surnom des Poilus ?

La question du Soir

En ce week-end de commémoration du centenaire de l’Armistice, les Poilus de la Première guerre mondiale étaient-ils réellement ces soldats mal rasés et vivant dans des conditions d’hygiène compliquées comme le veut l’explication la plus populaire ? Petit rappel historique.

À l’occasion des commémorations des 100 ans de l’Armistice du 11 novembre 2018, la France rend hommage à ses soldats. Ou devrait-on dire à ses Poilus. Mais pourquoi les appelle-t-on ainsi ? Le terme “poilu” est un sobriquet donné aux soldats français de la Première guerre mondiale. Dans l’imaginaire collectif, ce surnom a été donné pour désigner les soldats du front, ces hommes mal rasés vivant dans des conditions d’hygiène compliquées. Mais la réalité est tout autre. Ce terme n’a aucun rapport avec la pilosité des soldats. 

D’abord parce que le port de la barbe n’était pas toléré dans les tranchées. Pas pour une question d’hygiène, mais pour pouvoir mettre les masques à gaz afin de lutter contre ces nouveaux poisons qui ont fait plus de 90 000 morts et plus d’un million de blessés sur la totalité de la guerre.

Les “grognards d’Austerlitz”

Puis, bien que popularisé en 14-18, on retrouve des traces de ce terme bien avant dans le vocabulaire français. À une époque où les poils étaient considérés comme un signe de virilité, de courage, de bravoure. On trouvait alors des expressions comme “avoir du poil aux yeux”, “avoir du poil au cœur”. On le retrouve dans la littérature dès 1833. Dans “Médecin de campagne”, Honoré de Balzac s’en servait pour parler des “grognards d’Austerlitz”, ces soldats de Napoléon pendant la campagne de Pologne. C’était de l’argot. Et même avant. En 1659, Molière parlait de “brave à trois poils” dans “Les précieuses ridicules”.

Ils préféraient le terme “bonhomme”

Le Poilu, “ce n’est pas l’homme à la barbe inculte, qui n’a pas le temps de se raser, ce serait trop pittoresque, c’est beaucoup mieux : c’est l’homme qui a du poil au bon endroit, pas dans la main !”, racontait le linguiste Alfred Dauzat dans un livre publié en 1918. Ainsi, pendant la Grande Guerre, les Poilus étaient des soldats forts, virils et courageux. En tout cas, c’était l’image que voulaient donner de leurs soldats les civils à l’arrière des combats. Car eux, dans les tranchées, ils préféraient s’appeler “bonhommes”.

Lors de cette guerre, beaucoup de ces “bonhommes”, de ces “Poilus” étaient originaires de Bretagne. 130 000 soldats bretons, soit 22 % de la population de la région mobilisée, ont trouvé la mort au front entre 1914 et 1918. A nos ancêtres !

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