Camélia Jordana, caméléon engagé

On avait tendance à l’oublier. Enfin, sa qualité de chanteuse, pas la personne. Ses dernières prestations abouties comme actrice – le Brio d’Yvan Attal, qui lui a valu cette année le césar du meilleur espoir féminin – ont bel et bien placé Camélia Jordana au centre des écrans. Symbole de la trajectoire singulière de la Toulonnaise de 26 ans depuis son apparition en 2009 sur le plateau du télé-crochet Nouvelle Star – elle terminera troisième, mais première dans les cœurs. Dans la foulée, son premier album homonyme (2010), aux accents pop délicatement passéistes, l’intronise idole des très jeunes, grâce au tube Non, non, non (écouter Barbara) tout en intriguant un public branché. Quatre ans après, le plus sombre et introspectif Dans la peau, pour lequel elle écrit quasiment tous les textes (Babx, son mentor d’alors, s’occupe du reste), met au jour une nouvelle… femme. Puis le caméléon Jordana enchaîne les expériences théâtrales et cinématographiques.

Jusqu’à ce Lost, introduit il y a un an avec un premier EP du même nom, tournoyant et profond. Un projet conçu à quatre mains avec le saxophoniste et clavier Laurent Bardainne (Poni Hoax) où sa voix, en mêlant arabe, français et anglais, est une source de multiples frissons (l’engagé et autobiographique Empire). Un bouillonnement rageur d’influences les plus diverses, entre autres du r’n’b moderne en passant par les musiques traditionnelles, à l’image de l’improbable et grandiose Gangster qui lorgne à la fois le New York seventies arty-funk des Bush Tetras ou James White et les grandes envolées populaires d’une Amy Winehouse.

Nulle assurance de retrouver son chemin musical dans ce labyrinthe sonore tout à fait conforme à son nom/logo. Mais cette production touffue et volontiers dérangeante ne casse pas le fil conducteur d’un disque où le duo se veut messager de paix en dépit des multiples tensions qui secouent notre société. Noir c’est noir certes, mais il y a encore de l’espoir.

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Rachid Taha, Rachid Taha (1993): poète engagé des identités multiples, un poing toujours levé mais la main tendue vers les autres. La mixité est aussi musicale chez le chanteur disparu cette année.

Brigitte Fontaine, Genre humain (1995): l’éternelle diva avant-gardiste n’est jamais aussi à son aise que dans les grands écarts. Scratchs hip-hop, sonorités orientalisantes, envolées free-jazz. Quel souffle !

Kate Tempest, Let Them Eat Chaos (2016): le monde s’effondre à ses pieds mais la slameuse britannique s’élève au-dessus des ruines sur fond dub electronico-jazz ultrapuissant.

Patrice Bardot

En concert le 17 décembre à Paris (La Bellevilloise).

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