Macron surprend en dénonçant "l'Europe ultralibérale"

POLITIQUE – La petite phrase a fait bondir les adversaires de gauche du président de la République. Dans son entretien accordé à Europe1 et diffusé ce mardi 6 novembre, Emmanuel Macron a surpris en critiquant une “Europe ultralibérale qui ne permet plus aux classes moyennes de bien vivre”. Une manière de retourner un reproche que ses opposants lui opposent depuis son élection à la présidence de la République en mai 2017.

Comme à son habitude, le chef de l’Etat a profité de cette nouvelle prise de parole médiatique pour se poser en adversaire irréductible des nationalistes européens, incarnés par Marine Le Pen en France et Matteo Salvini en Italie, promoteurs à ses yeux d’un repli sur soi mortifère et de politiques pouvant mener à la guerre.

A l’aube de la troisième étape de son “itinérance mémorielle” entamée dimanche dans le cadre du centenaire de la Première guerre mondiale, Emmanuel Macron a dénoncé sur Europe1 “l’absurdité de ces conflits, l’absurdité du nationalisme belliqueux” dont il décèle le retour dans “une Europe de plus en plus fracturée” par des partis qui “jouent sur les peurs partout”.

Mais en même temps, estime-t-il, “on a besoin d’une Europe qui protège davantage les salariés, qui soit moins ouverte à tous vents”, a-t-il plaidé, évoquant la peur des migrants dont les mouvements d’extrême droite européens font leur miel. A cet enjeu, il faut “apporter une réponse véritable, avec nos principes, en octroyant l’asile à ceux qu’on doit protéger, avec une politique de développement et de sécurité et de protection de nos frontières par ailleurs”, a-t-il ajouté.

Ce rejet d’une “Europe ultralibérale” et “ouverte à tous les vents” a immédiatement fait réagir les responsables politiques de gauche qui reprochent justement à Emmanuel Macron d’appliquer une politique pro-entreprises et antisociale dans son propre pays.

“Hallucination. Macron dénonce ‘l’Europe ultralibérale.’ Mais quelle politique mène-t-il en France? Suppression de l’ISF, tabassage du pouvoir d’achat des plus modestes et des classes moyennes, réduction des services publics…”, a réagi, ulcéré, le chef de file du Parti communiste aux élections européennes, Ian Brossat.

Même réaction chez le député Insoumis Adrien Quatennens. “Alors qu’il applique avec zèle les pires directives libérales de la Commission Européenne et qu’il décide seul d’appliquer les pires traités de libre-échange, Macron s’en va ce matin critiquer à la radio ‘l’Europe ultra-libérale'”, n’en revient pas l’élu du Nord sur son blog.

Faut-il voir dans cette critique ciselée d’Emmanuel Macron contre les mesures d’austérité européenne une inflexion idéologique? Jusqu’ici, le président de la République s’était surtout illustré sur la scène européenne en se faisant le porte-voix de la “démocratie libérale” contre les démocraties “illibérales”. Depuis, il a toutefois adressé plusieurs mises en garde contre la dérive d’une Union européenne qui ne défendrait pas assez ses intérêts économiques.

Dans un autre entretien accordé récemment à Ouest-France, le chef de l’Etat a déjà mis en garde l’Union européenne contre “la lèpre nationaliste” mais aussi les “grands intérêts financiers et des marchés qui dépassent parfois la place que les Etats peuvent prendre”. Un argument brandi par le locataire de l’Elysée non pour appeler à un changement de paradigme politique mais pour promouvoir davantage de solidarité au sein de l’UE.

Les yeux rivés sur les élections européennes de mai 2019 où son parti La République En Marche est en perte de vitesse dans les sondages, le président de la République a en effet fait le choix de longue date de promouvoir la souveraineté européenne afin d’assurer une meilleure protection des citoyens.

C’est vrai en matière économique autant qu’en matière de défense, Emmanuel Macron s’étant fait le premier promoteur d’une armée européenne. Face au désengagement américain, face au péril “des puissances autoritaires qui réémergent et se réarment aux confins de l’Europe”, il a ainsi promu dans son interview une Europe capable de prendre en charge sa sécurité “de manière plus souveraine”.

Il a notamment appelé les Européens à se “protéger à l’égard de la Chine, de la Russie et même des Etats-Unis d’Amérique”, en évoquant la décision de Donald Trump de se retirer d’un traité de désarmement nucléaire datant des années 80.

Des arguments qui sont loin de convaincre Marine Le Pen, dont le parti du Rassemblement national pointe désormais en tête des intentions de vote aux élections européennes. “S’il y a quelqu’un qui aujourd’hui est en train de porter le conflit, c’est bien Emmanuel Macron”. “Ce président, qui ne cesse de surfer sur la peur d’une nouvelle guerre tout à fait hypothétique, sème la discorde. C’est lui qui insulte ses homologues européens, qui les traite de lépreux”, accuse-t-elle.

À voir également sur Le HuffPost:

Leave a Reply

avatar
  S’abonner  
Notifier de