Des agents de joueur au cœur de l’affaire de fraude qui secoue le football belge

Une quarantaine de perquisitions en Belgique et dans une série de pays étrangers — dont la France — ; vingt-neuf acteurs du monde du football, dirigeants, entraîneurs ou arbitres arrêtés — dont vingt-deux déférés devant un juge — ; 11 millions d’euros en liquide, bijoux et montres de luxe saisis ; les documents de neuf clubs emportés : jeudi 10 octobre après-midi, le parquet fédéral a communiqué des détails sur l’opération « Mains propres » lancée la veille.

Une véritable tornade, en réalité, qui balaye l’euphorie des derniers mois, consécutive à la troisième place de l’équipe des Diables rouges au Mondial russe. A Bruxelles, tout le monde est persuadé qu’étant donné le rôle clé des intéressés, d’autres personnalités pourraient être rapidement mises en cause.

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L’enquête ouverte à la fin de 2017 sur les pratiques de certains agents de joueur et sur un possible blanchiment d’argent est devenue une vaste opération anticorruption, faisant notamment naître le doute sur le trucage d’au moins deux rencontres décisives pour la relégation à la fin de la saison dernière.

Au cœur de l’affaire, on trouve plusieurs agents de joueur, dont Mogi Bayat et Dejan Veljkovic. Le premier, d’origine iranienne, arrivé en France à l’âge de 6 ans, et le second, un Serbe surtout connu en Flandre, avaient été placés sur écoute. Celles-ci ont apparemment permis d’accumuler des informations sur des constructions financières douteuses.

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Dejan Veljkovic est soupçonné d’avoir mis en place des constructions financières, en concertation avec certains clubs, afin de payer des commissions cachées pour ses activités de courtier, et de fournir à des joueurs une rémunération et des avantages non dissimulés, a détaillé le parquet. Les fonds auraient circulé par Chypre, le Monténégro et la Serbie.

Selon le parquet, Mogi Bayat est soupçonné d’avoir manipulé le transfert de plusieurs joueurs pour maximiser les sommes qu’il touchait, contre l’intérêt des parties pour lesquelles il travaillait. Il aurait dissimulé ces manipulations aux clubs et aux joueurs concernés, et aurait eu recours à des agents de joueur complices et à des sociétés en France, en Angleterre et au Luxembourg.

« Le parrain du foot belge »

« Mogi Bayat était le parrain du foot belge », écrivait jeudi le quotidien populaire Het Laatste Nieuws, relayant les interrogations sur les pratiques de l’ancien dirigeant du S.C. Charleroi. Le plus puissant des agents belges, doté d’une fortune estimée à 15 millions d’euros, a réglé la bagatelle de vingt-quatre transferts lors du dernier mercato.

Neveu d’Abbas Bayat, ex-propriétaire du club de Charleroi, il va redresser les finances de celui-ci et se faire une spécialité de recruter de jeunes joueurs français, de leur assurer une certaine notoriété en Wallonie et de les revendre ensuite à des clubs étrangers — français notamment. Cela lui vaut les critiques des supporteurs et des journalistes. Il s’en moque, comme de certaines interdictions de stade ou de ses conflits avec des arbitres.

L’homme se fait de nombreux ennemis, qu’il n’hésite pas à menacer ou à insulter, rapporte Le Soir. Une fois débarqué de Charleroi et devenu agent, en 2010, il tisse des liens avec les plus grands clubs, dont Anderlecht, et parvient même, grâce à son entregent, à vendre joueurs et entraîneurs à ceux qui se méfient de lui

A l’étranger, où il ne perce pas vraiment, il a cependant quelques relations (à Nantes, à Watford, à Udine) qui lui permettent d’arrondir son magot. A Nantes, il a récemment vendu Anthony Limbombe (ex-Bruges) Kara Mbodji (ancien d’Anderlecht) et Kalifa Coulibaly (qui jouait auparavant à Gand). Des opérations célébrées, à chaque fois, sur le compte Twitter de l’intéressé. Depuis quelques jours, le lion à la gueule ouverte qui orne celui-ci est toutefois resté muet…

Si la Fédération belge est, elle aussi, sans voix, Vincent Kompany, le défenseur belge de Manchester City, a, lui, dénoncé le système développé par les agents. « Pas surpris » par l’affaire, l’ancien joueur d’Anderlecht a évoqué « le lien très proche » entre le football et « les pratiques des mondes de la traite des êtres humains, du trafic de drogue et de la prostitution ».

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