Coming-out: «72% des mères ont accepté l’homosexualité de leur enfant pour seulement 65% des pères»

Le drapeau LGBT lors de la Gay Pride à New York, le 24 juin 2018. — Richard B. Levine/NEWSCOM/SIPA

  • L’Ifop a dévoilé ce jeudi les résultats d'une étude sur la révélation de son identité sexuelle.
  • 20 Minutes a interrogé François Kraus, responsable du pôle « Genre, sexualités et santé sexuelle » de l’institut de sondage.

Pour la journée internationale du coming-out, l’Ifop dévoile les résultats d'une l’étude pour Tell me the truffe*, une agence de communication dédiée aux sujets de la diversité. L’enquête, qui s’appuie sur le témoignage de 994 personnes homosexuelles, bi, ou transgenres, montre que révéler son orientation sexuelle auprès de son entourage reste compliqué, notamment dans le milieu professionnel.

20 Minutes a interrogé François Kraus, responsable du pôle « Genre, sexualités et santé sexuelle » de l’institut de sondage.

Plus de 70 % des personnes interrogées disent avoir fait leur coming-out auprès d’au moins un membre de leur entourage. Est-ce qu’il y a une évolution ?

C’est difficile à dire car c’est une enquête pionnière en France. On peut quand même trouver que certains enseignements sont positifs. 94%des homosexuels déclarent par exemple que leur orientation sexuelle est connue d’au moins un de leurs proches (hors parents). Ce taux de connaissance élevé est important car il rompt avec les logiques d’isolement qui peuvent affecter ces personnes dans la société, et qui pourraient avoir un impact psychologique dans leur mal-être.

Un autre chiffre : 8 personnes homosexuelles sur 10 l’ont déjà dit à leur père ou à leur mère, et pour 92 % d’entre-elles, ce sont ces personnes qui ont mis elles-mêmes leur parent au courant, qui ont affronté ce rite du coming-out. Nous ne sommes pas dans la vision d’une homosexualité cachée.

En revanche, si 94 % des homosexuels déclarent qu’au moins un de leurs proches connaît leur orientation sexuelle, ce chiffre tombe à 59 % seulement pour les bisexuels…

C’est intéressant car contrairement à ce qu’on pourrait croire, l’étude montre qu’il est plus facile d’assumer son homosexualité que sa bisexualité. La bisexualité semble moins structurante en termes d’identité pour ces personnes. Les gens bi considèrent en tout cas que c’est moins essentiel de le dire à leurs parents ou à un proche. La visibilité des bisexuels est donc moins forte alors qu’ils sont plus nombreux.

A qui les personnes homosexuelles ou bi révèlent-elles leur orientation sexuelle ?

Les personnes interrogées déclarent que leur orientation sexuelle est connue par leurs amis proches à 68 %. Un chiffre plus élevé que la mère (57 %) et le père (55 %). Ce n’est pas étonnant car on choisit ses amis, sa famille, non.

Pourquoi les personnes homosexuelles font davantage leur coming-out auprès de leur mère (83%) que de leur père (73%) ?

Ces dix points d’écart montrent qu’il est plus facile de révéler son identité à sa mère qu’à son père. Cette pratique est d’ailleurs plus élevée chez les gays que chez les lesbiennes. Cette différence s’explique probablement par le taux d’acceptation : 72% des mères ont accepté l’homosexualité de leur enfant pour seulement 65% des pères. On remarque d’ailleurs que l’acceptation dans les milieux sociaux élevés n’est pas plus importante que dans les milieux plus populaires [L’orientation des homosexuels et bi est acceptée par le père pour 47 % des cadres et 49 % pour les ouvriers].

Dans le milieu du travail, le coming-out est-il encore une chose difficile ?

Une forte proportion de LGBT n’est pas visible dans l’univers professionnel. Notamment à l’égard des supérieurs hiérarchiques. 75 % des homosexuels [et 31 % des bisexuels] affirment que leur orientation sexuelle est connue de leurs collègues, contre 59 % [21 %] de leurs supérieurs hiérarchiques. Il reste une certaine crainte que cette révélation puisse aller contre leur perspective de carrière notamment.

*L’enquête a été menée auprès d’un échantillon de 994 gays, bis, lesbiennes ou transgenres, extrait d’un échantillon de 12.737 personnes représentatif de la population âgée de 18 ans et plus résidant en France métropolitaine. Au sein de cet échantillon ont été interrogés 397 homosexuels, 582 bisexuels et 15 transgenres. Les interviews ont été réalisées par questionnaire auto-administré en ligne du 23 mai au 6 juin 2018.

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