Appel des historiennes : « La prédominance masculine apparaît comme une constante dans le monde universitaire »

Article sélectionné dans
La Matinale du 10/10/2018
Découvrir l’application

édition abonné

Dans une tribune au « Monde », Camille Froidevaux-Metterie, professeure de science politique, explique que l’entre-soi masculin des instances de gouvernance et de sélection cause le manque persistant de parité au sein de la recherche scientifique.

LE MONDE | • Mis à jour le
|

Par Camille Froidevaux-Metterie (professeure de science politique et chargée de mission égalité-diversité à l’université de Reims)

Chez Biofortis, filiale française du groupe de biotechnologie Biomérieux, à Saint-Herblain, en 2012.

Tribune. En préambule aux Rendez-vous de l’histoire qui s’ouvrent le 11 octobre, 520 historiennes ont décidé de « sortir du Blois » en publiant une tribune dénonçant la surmasculinisation de leur discipline et les discriminations qu’elles endurent. Pour résumer d’un trait, il s’agissait de mettre au jour la trop lente féminisation du corps académique et l’absence de visibilité des travaux des femmes. A la surprise des initiatrices de l’appel, l’adhésion des consœurs a été massive, au-delà même du champ disciplinaire concerné. Salutaire, l’épisode révèle que le phénomène dépasse de beaucoup le seul domaine de l’histoire, la prédominance masculine apparaissant comme une constante dans le monde universitaire et dans celui de la recherche.

Quelle que soit la science concernée, les femmes disparaissent progressivement à mesure que l’on s’élève dans les grades et les fonctions. Toutes disciplines confondues, leur proportion parmi les enseignants-chercheurs est aujourd’hui de 37 % (données 2018 du ministère de l’enseignement supérieur). La sous-féminisation s’accentue encore à mesure que les disciplines se « durcissent » : on compte 45 % de femmes en sciences humaines, 44 % en droit et science politique, 28 % en sciences de la terre, 22 % en physique, mathématiques et informatique. Mais ces seuls chiffres ne disent pas le plus important : la concentration des femmes dans le rang des maîtres de conférence (44 %) et leur sous-représentation logique dans celui des professeurs (24 %).

Si les filles sont plus nombreuses que les garçons à obtenir le baccalauréat, si elles sont majoritaires parmi les étudiants de licence et si la parité est quasiment atteinte au niveau du doctorat, elles deviennent curieusement minoritaires quand il s’agit d’enseigner et de faire de la recherche. On dénombre ainsi 34 % de femmes chercheuses au CNRS, mais seulement 31 % parmi les directeurs de recherche à l’échelon 1, 25 % à l’échelon 2 et 15 % à la classe…