Dans des pubs anglais, haro sur le champagne français et les bières allemandes

Depuis le 9 juillet, dans la chaîne d’établissements Wetherspoon appartenant au multimillionnaire et ultra-Brexit Tim Martin, les alcools non britanniques sont remplacés par des boissons fabriquées au Royaume-Uni et en dehors de l’UE.

Le Monde | • Mis à jour le
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Par Philippe Bernard (Londres, correspondant)

Dans les pubs de Tim Martin, des magazines maison et des sous-bocks défendent ses idées ­europhobes.

Theresa May, la première ministre britannique, peut bien mettre de l’eau dans son Brexit, pas question pour Tim Martin d’en verser une seule goutte dans la bière qui a fait sa fortune. Au contraire : deux ans après le référendum, le patron multimillionnaire de Wetherspoon, une chaîne de 895 pubs présents dans les quartiers populaires du Royaume-Uni, continue de militer à fond pour le divorce d’avec l’Union européenne au nom du libéralisme économique et d’un certain nationalisme.

Sa dernière action : depuis le 9 juillet, le champagne et la bière allemande sont progressivement remplacés, dans ses établissements, par des succédanés britanniques ou non européens. Alors que la baisse de la livre sterling et le ralentissement de l’économie consécutifs au Brexit menacent ses marges en renchérissant ses coûts, le truculent Tim, 63 ans, deux mètres de haut, visage rougeaud et tignasse grise, désigne un autre coupable : l’UE, qu’il accuse de protectionnisme.

Lumières glauques et étonnante convivialité

Il est trop tôt pour savoir si les clients de Wetherspoon apprécieront le Sparkling Whitedowns, un brut anglais, et le vin pétillant australien qui doivent remplacer les bulles champenoises. La chaîne gère les pubs les plus antibobos qui soient : lumières glauques, décors aussi chaleureux que des lounges d’aéroport, mais prix imbattables et étonnante convivialité. On y lit davantage le Daily Mail que le Financial Times, et la rhétorique antieuropéenne affichée par Tim Martin est loin de repousser la clientèle.

Le Brexit va faire baisser les prix, promet-il, à rebours de toutes les prévisions à court et moyen terme. Selon lui, multiplier les achats dans les pays non membres de l’UE va non seulement « élargir nos horizons » – un thème néo-impérial proche de celui de la « Grande-Bretagne mondiale » magnifié par les pro-Brexit –, mais aussi « améliorer le pouvoir d’achat au Royaume-Uni ».

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