Nucléaire: Où sont stockés les 1,54 million de mètres cubes de déchets radioactifs recensés en France?

L'Andra a publié ce jeudi 12 juillet la dernière édition de son inventaire national des matières et déchets radioactifs. — FRANCOIS NASCIMBENI / AFP

  • L’inventaire national de l’Andra rend public l’état des stocks, la provenance et la localisation de l’ensemble des matières et déchets radioactifs présents en France.
  • La dernière édition, publiée ce jeudi, fait état de 1,54 million de m³ de déchets radioactifs existants sur le territoire fin 2016. Soit 85.000 m³ de déchets supplémentaire par rapport au dernier inventaire, portant sur les données fin 2016.
  • Pour savoir si certains de ces déchets sont entreposés ou stockés près de chez vous, il y a un site internet pour cela : inventaire.andra.fr

Fin 2016, la France comptait 1.540.000 m³ de déchets radioactifs sur son territoire. C’est du moins à ce chiffre-là qu’arrive l’Andra (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs) dans la dernière édition de son inventaire national des matières et déchets radioactifs présentée à la presse ce jeudi.

Un inventaire national tous les trois ans

L’établissement public est connu pour la « mission Cigeo » que lui a confiée l’État français : enterrer à Bure (Meuse), sous une épaisse couche d’argile, les déchets radioactifs les plus dangereux générés sur le territoire français. Les MA-VL (moyenne activité – vie longue) et HA-VL (haute activité – vie longue), radioactifs sur des centaines des milliers d’années. Une autre mission de l’Andra est de faire des états des lieux réguliers des matières radioactives et des déchets radioactifs présent sur le territoire français, sur la base des informations fournies par les producteurs. Si les chiffres sont mis à jour tous les ans, l’inventaire complet, lui, est publié tous les trois ans.

« Une demi-brique de lait par an et par habitant »

Depuis le dernier inventaire, réalisé à partir des données de fin 2013, la France a généré 85.000 m³ de déchets radioactifs supplémentaires « Soit l’équivalent d’une demi-brique de lait produit par an et par habitant sur ces trois années. « Le rythme de déchets générés entre deux inventaires a peu varié depuis que nous faisons cet exercice », indique Soraya Thabet, directrice sûreté environnement et stratégie filières à l’Andra. Il a même baissé par rapport à la période fin 2010-fin 2013. 140.000 m³ de déchets radioactifs avaient été produits entre ces deux dates, indiquait Ouest-France, en juillet 2015

Mais on parle tout de même de déchets encombrants. Pour certains même hautement radioactif et ceci pour des centaines de milliers d’années. Là encore, l’Andra invite à faire la part des choses : sur ces 1.540.000 m3 déchets radioactifs, 90 % du volume est constitué des déchets de faible et moyenne activité et à vie courte (FMA-VC). « Ce sont par exemple les tenues du personnel des centrales nucléaires, les pièces de rechange, des gravats… », détaille Soraya Thabet.

400 piscines olympiques, mais une seule de déchets hautement radioactifs

Les MA-VL et HA-VL – « du combustible usé par exemple ou certains éléments du cœur du réacteur »- représentent pour leur part 3 % de l’ensemble. Là encore, Soraya Thabet use de la métaphore : ces 1.540.000 déchets radioactifs présents en France fin 2016 remplissent l’équivalent de 400 piscines olympiques. Sur ce total, les MA-VL et HA-VL ne représentent qu’une seule piscine olympique.

Reste à savoir où sont ces déchets radioactifs ? C’est l’une des missions de l’inventaire : localiser l’ensemble des matières et déchets radioactifs en France. Depuis juillet 2015, les données sont restituées sur une carte de France interactive à consulter sur le site web inventaire.andra.fr. Elle sera actualisée ce vendredi en prenant en compte les chiffres du nouvel inventaire de l’Andra.

Disséminés sur plus de 950 sites en France

Plus de 950 sites de stockage et d’entreposage [en attente d’une solution de stockage] sont ainsi répertoriés sur la carte en France métropolitaine. Autrement dit, les 19 centrales nucléaires françaises ne sont pas les seuls à générer des déchets radioactifs et à en stocker. Certes, l’industrie électronucléaire française a produit une grande part des 1,54 millions de m³ de déchets radioactifs répertoriés fin 2016. 58,8 % pour être précis dont l’essentiel des déchets HA-VL et MA-VL. Mais d’autres secteurs en génèrent également : la recherche (27,7 %), la défense (9,4 %), certaines activités industrielles (extraction de terres rares, contrôle de soudures…) ou encore le secteur médical (radiographie, radiothérapie… 0,6 %).

L'Andra recense la localisation des déchets radioactifs en France sur une carte consultable sur le web.
L'Andra recense la localisation des déchets radioactifs en France sur une carte consultable sur le web. – Capture d'écran / Andra

Une partie alors de ces 1.540.000 m3 déchets radioactifs sont entreposés sur les sites où ils ont été produits en attente d’une solution de stockage définitive. Voilà pourquoi, sur la carte de l’Andra, parmi les sites renfermant des déchets nucléaires, on trouve des centres hospitaliers, des sites militaires, des universités ou encore l’usine Solvay-Rhodia de La Rochelle axée sur l’exploitation de terres rares.

D’autres déchets radioactifs, en revanche, ont d’ores et déjà rejoint des centres de stockage. Celui de la Manche, près de la Hague, qui a reçu son dernier colis en 1994, « contient aujourd’hui 520.000 m³ de déchets FMA-VC », indique Soraya Thabet. Le Centre de stockage de l’Aube (CSA) a pris le relais depuis 1992 et accueille à ce jour environ 300.000 m³ de FMA-VC. Dans l’Aube toujours, à Morvilliers, l’Andra exploite aussi du Cires (Centre industriel de regroupement, d’entreposage et de stockage) destiné à accueillir les déchets radioactifs de catégorie TFA (Très faible activité), provenant pour l’essentiel de la déconstruction d’installations nucléaires. 328.000 m³ de déchets TFA sont actuellement stockés au Cires.

Vers de nouveaux centres de stockage ?

S’il voit le jour à Bure, Cigeo, projet qui fait l’objet d’une vive contestation, pourrait s’ajouter à la liste des centres de stockage de l’Andra, cette fois-ci dédié aux déchets aux HA-VL et MA-VL aujourd’hui entreposés sur les sites des producteurs. L’Andra devra demande l’autorisation de création de l’installation en 2019 pour une mise en service vers 2026.

Vue prise des cases de stockage de déchets radioactifs du centre de stockage FMA (faible et moyenne activité) de l'Andra (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs), le 28 novembre 2005 à Soulaines-Dhuys.
Vue prise des cases de stockage de déchets radioactifs du centre de stockage FMA (faible et moyenne activité) de l'Andra (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs), le 28 novembre 2005 à Soulaines-Dhuys. – OLIVIER LABAN-MATTEI / AFP

L’Andra devra aussi rapidement trouver une nouvelle solution pour stocker les futurs déchets TFA générés. Car le Cires, d’une capacité de 900.000 m3, est déjà rempli à hauteur de 650.000m3. « Au rythme actuel, il pourrait arriver à saturation en 2025 », indique Soraya Thabet. L’Andra dit se pencher activement sur ce dossier et la solution ne pourrait pas être forcément la création d’un nouveau centre de stockage. Du moins pas tout de suite. « L’optimisation à la source du traitement de ces déchets c’est-à-dire un meilleur tri ou un meilleur compostage sur le site de production- peut être une solution, explique Soraya Thabet. L’augmentation des capacités techniques du centre actuel est une autre option. » Au Cires, ces déchets TFA sont stockés dans des alvéoles creusés dans l’argile à 8,50 mètres de profondeur. Elles font à ce jour 176 mètres de long. L’une des pistes serait tout simplement de les allonger.