Les cigarettes électroniques peuvent-elles vraiment exploser?

Un homme vapotant une cigarette électronique (illustration). — ALCALAY SARAH/SIPA

  • Un homme de 38 ans est mort, le 5 mai dernier, après l’incendie de son domicile aux Etats-Unis à la suite de l’explosion de sa cigarette électronique.
  • Plusieurs personnes ont été blessées ces derniers mois, en France et à l’étranger, après l’explosion de leur cigarette électronique.
  • Pour Jean Moiroud, le président de la Fédération interprofessionnelle de la vape (Fivape), ce n'est pas l'objet mais « les batteries qui sont dangereuses ».

« Ce ne sont pas les cigarettes électroniques elles-mêmes qui sont dangereuses, mais les batteries », explique Jean Moiroud, président de la Fédération interprofessionnelle de la vape (Fivape). Le 5 mai dernier, un homme de 38 ans a été retrouvé mort après l’incendie de son domicile de St Petersburg en Floride (Etats-Unis). Selon le rapport d’autopsie, l'homme, qui présentait des brûlures sur 80% de son corps, serait mort après l’explosion de sa cigarette électronique.

« On fabrique et on défend ce produit, car on considère qu’il n’est pas dangereux et même qu’il sauve des gens. Il faut bien comprendre que ce sont les batteries qui sont dangereuses. Les batteries de cigarettes électroniques sont exactement les mêmes que celles qu’il y a dans les téléphones ou les voitures électroniques. Il n’y a pas plus d’accidents avec les cigarettes électroniques qu’avec d’autres appareils électroniques », justifie le président de la Fivape.

Surchargées ou mal utilisées, les batteries s’avèrent dangereuses

Pour bien comprendre comment l’incident a pu arriver, il s’agit d’abord de distinguer les deux types de vapoteuses : « Il faut bien faire la différence entre les deux types de cigarette électronique, il y a ‘l’électronique’ et ‘la mécanique’», détaille Jean Moiroud. La cigarette dite « mécanique » est une simple boîte composée d’une batterie, d’un bouton de déclenchement et d’un connecteur. Il n’y a pas d’électronique, tout est justement mécanique. La résistance est en contact direct avec la batterie et en cas de court circuit, la batterie peut exploser. La cigarette dite « électronique » est un boîtier composé d’une batterie, un réservoir et d’une résistance électrique chauffante qui dissipe le liquide. La puce électronique, qui permet de contrôler la puissance et la température, empêche les courts-circuits.

Comme les téléphones portables, les vapoteuses sont alimentées par des batteries lithium-ion, qui peuvent s'avérer dangereuses lorsqu’elles sont surchargées ou mal utilisées : « Le premier risque, c’est que les batteries soient défectueuses ou abîmées. L’autre risque, c’est que les pôles positifs et négatifs d’une batterie entrent en contact avec un objet métallique. Ça peut créer une réaction dite "de dégazage de la batterie" et produire une forte quantité d’énergie. Et c’est dans ce cas-là que ça peut exploser ». Pour la Fivape, bien utilisée, les cigarettes électroniques ne présentent pas plus de danger que n’importe quel appareil électronique : « Tout est question de maîtrise d’énergie. C’est valable pour toutes les batteries de n’importe quel appareil électronique, pas seulement les cigarettes électroniques. » En 2016, on se souvient que la marque de téléphonie Samsung avait suspendu la vente de ses Galaxie Note 7 à cause de plusieurs cas d’explosion de batterie.

Eviter la contrefaçon et respecter les consignes

Selon Jean Moiroud, certains accidents pourraient être évités si les utilisateurs de cigarette électronique respectaient les conseils donnés : « Le meilleur moyen d’apprendre à bien utiliser une cigarette électronique en toute sécurité, c’est d’abord d’aller dans une boutique spécialisée, c’est important de se retrouver face à un professionnel. L’objectif, c’est quand même d’arrêter de fumer et d’utiliser le produit en toute sécurité. » Pour le président de la Fivape, il est impératif « d’utiliser le chargeur vendu et de ne recharger sa cigarette électronique avec un autre chargeur qui aurait trop de puissance ». Quand aux batteries mises en cause, « le transport peut être dangereux » et la Fédération conseille de les « transporter dans un étui adapté ».

Comme n’importe quel marché, la contrefaçon existe pour les matériaux de cigarettes électroniques « C’est un sujet très important pour tous les fabricants de cigarette électronique. Sur toutes les batteries, il y a ‘un scratch code ‘. Il s’agit d’un code-barres que l’on gratte pour découvrir le numéro de série. On rentre ce numéro sur le site du fabricant et on peut contrôler la provenance de la batterie, vérifier que ce n’est pas une contrefaçon. » Des réflexes que doivent prendre les vapoteurs pour éviter d’utiliser un produit défectueux. Quant à l’ampleur du phénomène, « au moins 10 % des produits que nous retrouvons dans notre service après vente sont contrefaits », précisait à l’AFP Jean-Philippe Planchon, fondateur de la marque myVapors Europe.

Des normes applicables au bon vouloir des fabricants

En avril 2015, l’Association française de normalisation (Afnor) a présenté une liste des normes de fabrication et de sécurité technique aux fabricants de e-cigarettes, qui ont la liberté de s’y conformer ou non : « C’est une première mondiale. Même si l’application de ces normes est au bon vouloir de chaque fabricant, bon nombre d’entre eux les appliquent. On peut en être fiers », détaille le président de la Fivape.

Certaines associations d’utilisateurs de la cigarette électronique souhaiteraient que ces normes deviennent obligatoires pour tous les fabricants. Une solution que réfute Jean Moiroud : « Je pense que le secteur économique est encore trop récent pour imposer des normes. L’objectif en termes de santé publique est trop grand pour freiner le développement de cette industrie. Je crois plus à une régulation qui se fait directement par le marché, c’est un peu tôt pour imposer une réglementation aussi formelle. »

« Ces accidents ne devraient jamais arriver. On fait tout pour que ça n’ait pas lieu en France. Mais il faut remettre les choses dans leur contexte, statistiquement, ces accidents sont extrêmement rares. On ne vend pas des appareils électroniques différents de ceux qu’on utilise au quotidien », conclut le président de la Fédération interprofessionnelle de la vape. « Les explosions, même si elles sont rares par rapport au nombre de produits en circulation, peuvent avoir des conséquences graves », avait rappelé, en août dernier, la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF).

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