La grève SNCF va-t-elle affamer les cochons bretons?

Illustration d'un élevage de porcs, ici près de Rennes, en 2015. — C. Allain / APEI / 20 Minutes

  • La grève à la SNCF perturbe aussi le fret ferroviaire. En Bretagne, la moitié des céréales nourrissant les animaux d’élevage arrive par le train.
  • Alors qu’il faut 25 à 30 trains par semaine en temps normal, la région n’en a vu circuler que quatre ces deux dernières semaines.
  • Pour acheminer leur marchandise, les coopératives ont mis 800 camions de plus sur les routes chaque semaine.

Le mouvement de grève entamé début avril à la SNCF ne pénalise pas que les usagers du train. En Bretagne, cochons, vaches et volailles subissent également les aléas des trajets annulés. Dans la première région agricole française, 50 % des deux millions de tonnes de céréales importées chaque année arrivent par le train.

Mi-avril, alors que les grèves venaient de commencer, le réseau Coop de France avait déjà fait part de son inquiétude quant à la situation. Un mois plus tard, son porte-parole Vincent Magdelaine n’hésite plus à parler de risque de pénurie. « Même s’il s’agit de deux jours sur cinq, cela ne suffit pas pour que le grain circule à nouveau. Quand un train est annulé, il est difficile de le reprogrammer, » explique-t-il.

Les coopératives veulent plus de grain

Contactées, les coopératives concernées ne sont pas bavardes. Oui, elles galèrent. Non, elles ne veulent pas en parler. A la Cooperl, le plus gros producteur de porcs français, les trois usines de nutrition animale sont en majorité livrées par le train. Même constat à la coopérative Le Gouessant, qui voit 70 % de l’alimentation arriver par les rails. « Nous sommes affectés », reconnaît un salarié.

Toutes font partie d’une cellule de crise pilotée par la SNCF afin d’assurer un « service minimum » aux coopératives agricoles. « Pour la Bretagne, d’habitude on travaille avec 25 à 30 trains par semaine. Avec la grève, nous étions descendus à 10 à 15 trains. Mais la semaine dernière, avec les jours fériés, nous n’en avons que quatre. Ce n’est plus tenable », détaille Laurent Morin, directeur de Nutrinoë.

Son association fédère les entreprises de nutrition animale de Bretagne, dont des géants comme Triskalia, Agrial ou le groupe Michel, qui fournissent 50.000 exploitations. Toutes sont touchées par les grèves. « Les silos du Grand Ouest sont vides donc nous devons aller encore plus loin pour nous approvisionner. Nous avons même été jusque dans la Nièvre. »

Plus de 800 camions sur les routes chaque semaine

Pour remédier au manque de trains, les coopératives ont basculé la moitié de leur approvisionnement sur la route. Chaque semaine, 800 camions partent à vide de Bretagne vers le centre de la France pour revenir remplis de céréales. Un non-sens écologique et économique. « Nous n’avons pas d’autre solution, d’autant que nous devons aller de plus en plus loin. Notre logistique est complètement désorganisée. Cela nous coûte très cher », assure Laurent Morin.

Qu’en est-il dans les fermes ? « Les animaux sont nourris, il ne faut pas crier que tout va mal. Mais nous sommes inquiets pour les mois à venir ». En juillet, tous les camions actuellement réquisitionnés seront occupés à la collecte des céréales dans les fermes.