A Cannes, une renaissance italienne

Avec cinq longs-métrages présentés sur la Croisette, et deux films en compétition (d’Alice Rohrwacher et Matteo Garrone), le cinéma transalpin connaît un retour en grâce.

Le Monde | • Mis à jour le
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Par Aureliano Tonet (Rome, envoyé spécial)

Alice Rohrwacher à Genève, le 2 mai 2018.

C’est un rituel cannois cocasse, qui se tient chaque mois d’avril à Paris, lors de la conférence de presse d’avant-Festival. Sitôt la sélection officielle dévoilée, une voix rauque vrombit du fond de la salle, roulant les « r » avec la vélocité et la férocité d’un carrosse Ferrari. Fatalement, les regards se tournent vers une journaliste transalpine, aussi prompte à se saisir du micro qu’à ressasser, d’année en année, la même complainte : « Messieurs le Président et le Délégué général, déplore notre consœur, avec un pathos allant crescendo au fil des éditions, mais comment se fait-il qu’il y ait si peu de films italiens sélectionnés ? »

Ce printemps, ce lamento s’est tu. Et pour cause : deux films en compétition officielle – Heureux comme Lazzaro, d’Alice Rohrwacher, et Dogman, de Matteo Garrone –, un dans la section Un certain regard – Euphoria, de Valeria Golino –, deux à la Quinzaine des réalisateurs – Samouni Road, de Stefano Savona, et Troppa grazia, de Gianni Zanasi –, où figure de surcroît le court-métrage La Lotta, du maestro Marco Bellocchio… Cela faisait un bail que la flotte de la Botte dépêchée sur la Croisette n’avait eu si fière allure.

Cerveau malade

Nul besoin de fureter bien loin pour en trouver la figure de proue : du haut de ses 36 ans et de son visage sans âge, mi-Madone mi-enfant, Alice Rohrwacher incarne à merveille ce retour en grâce. A Cannes, son deuxième long-métrage – justement intitulé Les Merveilles – s’était vu auréoler du Grand Prix en 2014, quand le premier, Corpo celeste, avait révélé son talent à la Quinzaine en 2011. Le troisième a valeur de symbole : sous le patronage du saint du même nom, Heureux comme Lazzaro ne conte rien de moins qu’une résurrection.

Jeune paysan d’une vallée reculée du Latium, Lazzaro est doux comme un agneau. Ce qui ne l’empêche pas de communiquer avec les loups qui rôdent alentour,…