VIDEO. Réforme du bac: Le nouvel examen aura-t-il plus de sens que l’ancien?

Le 15 juin 2017, lors de l'épreuve de philosophie dans un lycée de Strasbourg. AFP PHOTO / FREDERICK FLORIN

Le 15 juin 2017, lors de l'épreuve de philosophie dans un lycée de Strasbourg. AFP PHOTO / FREDERICK FLORIN — AFP

  • Certaines notes du nouveau bac seront prises en compte dans la procédure Parcoursup, ce qui rendra l’examen plus utile.
  • Le resserrement des épreuves pourrait leur donner plus de poids, selon certains observateurs.
  • Le grand oral, nouvelle épreuve, peut contribuer à moderniser l’examen, à condition que les élèves y soient bien préparés.

« Je veux réaffirmer le sens du bac », a déclaré Jean-Michel Blanquer le 24 janvier lors de la remise du rapport Mathiot  sur la réforme de cet examen bicentenaire. Le ministre de l’Education dévoilera ce mercredi comment il compte s’y prendre en présentant le détail de son projet en Conseil des ministres. Mais les contours de cet examen new-look étant déjà partiellement connus, 20 Minutes fait le point sur les ingrédients qui permettront de donner plus de saveur, d’intérêt et de valeur au bac.

Le nouveau bac sera-t-il plus utile que l’ancien ?

« Le bac actuel ne sert à rien ». Voilà la litanie que l’on entendait ces dernières années, car les élèves de terminale savaient avant de passer l’examen, s’ils étaient acceptés dans la formation d’enseignement supérieur qu’ils visaient. D’où la volonté de Jean-Michel Blanquer de redonner une utilité à l’examen en faisant en sorte qu’il redevienne un passeport pour les études. « Ce sera le cas, puisque les résultats de l’élève aux trois premières épreuves de l’examen (celle de français et les deux premières épreuves de fin de terminale) seront pris en compte par les établissements de l’enseignement supérieur lorsqu’ils examineront les demandes d’inscription des lycéens. Cela va restaurer le bac dans son rôle d’examen d’entrée à l’université », estime Philippe Tournier, secrétaire général du SNPDEN-Unsa, principal syndicat des chefs d’établissement. Un avis partagé par le sociologue de l’éducation, François Dubet : « Cette réforme va donner à tous les bacs un peu de valeur sélective », estime-t-il.

Le fait qu’il y ait moins d’épreuves va-t-il contribuer à les revaloriser ?

« Le bac doit être plus lisible », a martelé Jean-Michel Blanquer, le 24 janvier. Le ministre a d’ores et déjà confirmé que les élèves de terminale ne passeront plus que quatre épreuves finales en terminale (au lieu de 10 à 15 aujourd’hui). Il s’agira de deux épreuves au retour des vacances de printemps dans les deux disciplines majeures choisies par les élèves et deux épreuves en juin (philosophie et grand oral). « Le fait qu’il y ait moins d’épreuves, va leur donner plus de poids », estime Philippe Tournier. Un avis que ne partage pas Annabelle Allouch, enseignante-chercheuse en sociologie à l’université de Picardie-Jules-Verne* : « Je redoute au contraire que l’épreuve de philosophie  perde de sa valeur et que le grand oral n’en n'ait pas beaucoup aux yeux candidats. Car les notes obtenues dans ces deux épreuves ne seront pas prises en compte dans la procédure Parcoursup. Les élèves risquent donc de s’en détourner en s’investissant davantage dans la préparation des deux premières épreuves de terminale, par stratégie ».

Le grand oral, cette nouvelle épreuve, va-t-il donner une nouvelle dimension à l’examen ?

Ce grand oral portera sur un projet interdisciplinaire que l’élève aurait préparé tout au long de l’année avec un groupe de camarades, mais il serait passé individuellement. Une nouvelle épreuve que salue Philippe Tournier : « C’est très utile dans une scolarité de savoir défendre des arguments devant un jury ». Pierre Mathiot, à l’origine de cette idée, renchérit : « L’oralité est un enjeu majeur. Pas seulement dans la perspective de l’élève de se préparer aux exigences de l’enseignement supérieur, mais aussi dans celle de trouver un stage, de trouver sa place dans l’espace social ». Mais des voix sceptiques doutent du sens de cette épreuve : « Si c’est un exercice de verbiage, ça n’aura aucun intérêt », commente l’historien de l’éducation, Claude Lelièvre. « Pour que cette épreuve ait un intérêt, il faut impérativement que les élèves y soient préparés », tempère François Dubet. « Et pour cela, il faut aussi que les enseignants aient été formés aux épreuves orales, ce qui n’est pas le cas pour l’instant », ajoute Annabelle Allouch.

La notation sera-t-elle un reflet plus fidèle du niveau de l’élève ?

« Les modalités d’évaluation des candidats doivent être justes et équitables », a insisté Jean-Michel Blanquer en évoquant sa réforme. Selon les premières pistes évoquées, la note du bac reposera à 60 % sur les épreuves de l’examen et à 40 % sur des épreuves ponctuelles (sorte de partiels) et des notes obtenues en Première et Terminale. « Le fait qu’il y ait davantage d’évaluations en cours de formation est une manière de lutter contre le bachotage. Donc on peut espérer que cela contribue à une plus grande maîtrise des connaissances par les élèves », estime François Dubet. « Par ailleurs, on va diversifier les modalités d’évaluation (partiels, contrôle continu, examens écrits, oral…) ce qui permettra sans doute d’éviter les accidents le jour du bac et de donner plus de chances aux élèves de réussir », ajoute-t-il. Mais le système d’évaluation du nouveau bac suscite aussi des craintes : « Ce sera une course de haies à la place d’un sprint final. Ce qui favorisera les élèves ayant la capacité à se mettre au travail dès le mois de septembre, majoritairement des filles », estime Annabelle Allouch. Cette dernière craint ainsi que le système de notation renforce les inégalités entre les élèves : « Le problème est que tous les établissements ne vont pas noter de la même manière. Les plus élitistes auront une notation plus sévère que les lycées les plus défavorisés. L’égalité de traitement ne sera plus assurée et le bac n’aura pas la même valeur partout », estime-t-elle. François Dubet est du même avis : « Pour éviter cela, il faudra une commission d’harmonisation des notes », juge-t-il.

Le nouvel examen va-t-il pousser à réorganiser le lycée de manière plus rationnelle ?

Selon plusieurs sources, les filières L, ES et S pourraient être supprimées et remplacées par un tronc commun et trois spécialités en Première, ramenées à deux en Terminale. « Cela signifie que les élèves suivront moins de disciplines, mais auront plus d’heures de cours dans leurs matières de spécialités. Ce qui les motivera davantage », estime Philippe Tournier. Mais Annabelle Allouch porte un regard plus critique sur cette perspective : « Cette réforme va individualiser les parcours, ce qui ne joue pas en faveur de l’égalité entre élèves », estime-t-elle.

Le nouveau bac va aussi conduire à une réorganisation de l’année, comme le souligne Philippe Tournier : « Le fait qu’il y ait moins d’épreuves va permettre de reconquérir une partie du moins de juin, en restaurant plusieurs semaines de cours pour les lycéens. Cela permettra aux enseignants d’arrêter de courir pour boucler le programme scolaire ». Une mesure qui devrait satisfaire aussi les parents.

*Elle est l’auteure de La Société du concours. L’empire des classements scolaires, Seuil, 2017.