« Black Panther » : l’Afrique a enfin son super-héros sur grand écran

Le jeune réalisateur Ryan Coogler parvient à mêler fantaisie et réflexion politique dans une production Marvel.

Le Monde | |

Par Thomas Sotinel

Florence Kasumba dans le rôle d’Ayo dans « Black Panther », film américain de Ryan Coogler.

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Aux yeux du monde, le Wakanda, contrée d’Afrique équatoriale, est un petit pays enclavé, sans ressources. Pour ses habitants, c’est le summum du développement. Les Wakandais vivent sur un gigantesque gisement de vibranium, métal aux propriétés merveilleuses qui leur a permis de développer une technologie dépassant de loin celles des pays les plus développés. Depuis des temps immémoriaux, le roi du Wakanda reçoit, en même temps qu’il monte sur le trône, des pouvoirs surhumains qui font de lui, quand le besoin s’en fait sentir, un guerrier quasiment invincible, Black Panther. T’Challa (Chadwick Boseman, qui fut récemment à l’écran un autre super-héros, James Brown) vient de succéder à son père assassiné par un terroriste international, épisode relaté dans Captain America : Civil War.

Quand la caméra s’aventure dans les rues, on découvre un joli mélange de grouillement équatorial et de high-tech

Le jeune roi affrontera plus d’épreuves qu’Hamlet et Winston Churchill réunis. Surgi du ghetto d’Oakland, un cousin de T’Challa veut le renverser. Ce personnage, incarné par l’acteur d’élection de Ryan Coogler, Michael B. Jordan, est un méchant ordinaire et l’expression de la violence afro-américaine. Michael B. Jordan oppose sa fluidité, son ironie à la gravité de Chadwick Boseman, et Ryan Coogler traite leur affrontement avec un souci de la nuance qu’on avait rarement rencontré dans les productions Marvel.

Ce souci d’humaniser une imagerie qui relève ailleurs du domaine du fantasme irrigue tout le film. La capitale de Wakanda ressemble à n’importe quel décor de science-fiction. Quand la caméra s’aventure dans les rues, on découvre un joli mélange de grouillement équatorial et de high-tech.

De même la prépondérance des femmes dans les rangs des personnages secondaires, qui pourrait passer à première vue pour une décision cosmétique, prend une autre résonance avec l’éclosion de personnages fascinants, qu’il s’agisse de la fiancée de T’Challa, Nakia (Lupita Nyong’o), justicière, espionne, militante, de sa sœur Shuri (Letitia Wright), scientifique, adolescente prolongée, de sa majestueuse mère (Angela Bassett) ou de la commandante de sa garde personnelle, Okoye (Danai Gurira). L’idée de l’escorte féminine, empruntée au comics de Lee et Kirby, échappe à sa version patriarcale pour contribuer à peindre une utopie égalitaire (quoique monarchique – malgré ses bonnes idées, Black Panther n’est pas un traité de politique).

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Rhinocéros de combat

Il ne faut pas chercher l’Afrique subsaharienne dans cette représentation qui fait communiquer les plateaux d’Afrique australe et la jungle équatoriale, qui invente des montagnes aux sommets blanchis à un continent qui voit fondre les neiges du seul Kilimandjaro. Le Wakanda est l’éden auquel ont été arrachés les esclaves déportés vers l’Amérique et un reflet ironique des Etats-Unis d’aujourd’hui. L’affrontement entre T’Challa l’internationaliste et W’Kabi (Daniel Kaluuya) l’isolationniste ressemble plus à un débat au Congrès des Etats-Unis qu’à une discussion au sein de l’Union africaine.

La réussite de Ryan Coogler est de développer ces interrogations sans sacrifier le rythme de son film (ce que George Lucas n’était pas parvenu à faire dans La Menace fantôme). Les différends se règlent dans des affrontements au corps-à-corps. Au lieu de la cavalerie, ce sont des rhinocéros de combat qui surgissent pour faire la différence. Sans tourner à l’ironie, cette fantaisie soulève Black Panther, qui remporte dès sa première apparition le titre mondial des super-héros, catégorie lourd-léger.

Film américain de Ryan Coogler. Avec Chadwick Boseman, Lupita Nyong’o, Michael B. Jordan, Daniel Kaluuya, Forest Whitaker, Martin Freeman (2 h 14). Sur le Web : marvel.com/blackpanther#, www.facebook.com/BlackPantherMovie et www.corporate.disney.fr/actualite/qui-est-black-panther