Pourquoi faut-il ABSOLUMENT se remettre à regarder «Homeland»?

Claire Danes dans la saison 7 de « Homeland ».

Claire Danes dans la saison 7 de « Homeland ». — Antony Platt/SHOWTIME

Lors de son lancement en 2011 sur la chaîne Showtime, la série avait fait beaucoup de bruit. Il est loin le temps où Barack Obama déclarait que Homeland était sa série favorite. On parle de moins en moins du thriller d’espionnage de Showtime, autrefois si populaire. La série a chèrement payé quelques errements et le départ de Damian Lewis. Alors que Carrie Mathison, l’héroïne espionne bipolaire, reprend du service ce mardi pour une septième et avant-dernière saison ce mardi sur Canal + Series à 20h50, toutes les bonnes raisons de s’y remettre.

« J’ai arrêté lorsque Brody est mort », la mauvaise excuse

« J’ai arrêté lorsque Brody est mort en saison 3, en ce qui me concerne la série prenait fin. Mais jusque-là c’était énorme », confie François, un des membres du groupe 20 Minutes Séries. Les trois premières saisons de Homeland ont placé au cœur du suspens et des ressorts dramatiques une histoire d’amour entre les deux héros, Claire Danes et Damian Lewis, qui a tenu les spectateurs en haleine.

On ne peut réduire Homeland à des histoires d’amour qui pimentent des intrigues explosives. Nicholas Brody n’a jamais été le héros de la série, il était un leurre de plus. L’héroïne d’Homeland a toujours été Carrie Mathison. Pour preuve, ce générique qui condense des décennies de discours sécuritaire et d’images traumatiques en noir et blanc, s’enracine dans une conscience individuelle, celle de Carrie, qui a grandi, obsédée par le soupçon, bercée par ces discours des médias et des politiques. Elle incarne l’angoisse collective des Américains face au terrorisme et leur volonté de le combattre.

Homeland tient à la fois du thriller psychologique et du mélodrame sur la paranoïa post-11 septembre. Cette série, en trompe-l’œil, est hantée par l’imaginaire du complot et de la manipulation, largement présent dans la culture américaine avant même l’effondrement des tours.

D’une saison à l’autre, Homeland opère sa mue, abandonne les tensions dramatiques qui avaient fait son succès la saison précédente pour traiter toujours du même thème, la hantise de l’ennemi intérieur.

« Homeland » est revenu sur le sol américain et ça lui va bien

Le thriller d’espionnage est revenu sur le sol américain en saison 6 pour se dérouler entre le jour de l’élection du président des Etats-Unis et son investiture, deux mois plus tard. Et comme à ses débuts, en saison 1, Homeland n’est jamais pertinente qu’au sein de sa patrie.

Carrie Mathison s’est installée à Washington et a travaillé pour la présidente Keane (jouée par Elizabeth Marvel). À la fin de la saison, à la suite d’une tentative d’assassinat, la présidente Keane a arrêté 200 agents des services de renseignement, dont Saul Berenson (Mandy Patinkin), et ce, sans aucune charge.

Alors que la saison 7 s’ouvre, Carrie a quitté son emploi à la Maison Blanche. Elle vit avec sa sœur Maggie (Amy Hargreaves) et sa fille à Washington. Son objectif ? Faire tomber l’administration Keane et obtenir la libération des 200.

« Homeland » au plus près de l’Amérique de Donald Trump

Alex Gansa, le co créateur de la série, avait imaginé tourner un arc narratif sur les saisons 7 et 8 à l’étranger et s’est finalement ravisé à cause de la politique menée par Donald Trump. « Vu l’amas de news qui tombe chaque jour sur la guerre au sein même du gouvernement contre sa propre communauté, c’était trop dur de ne pas le faire. On ne se voyait pas dire “Allez, partons raconter une histoire qui se déroule à Paris, ou une dans l’Amérique du Sud”. Il y a quelque chose de très signifiant qui se déroule sous nos yeux maintenant », a-t-il confié à Variety.

Dans cet espace imaginaire dominé par la hantise du terrorisme qu’est Homeland, le motif du traître au sommet de l’Etat est récurrent : pensez à Brody, candidat à la vice-présidence des Etats-Unis, fomentant parallèlement un attentat.

Avec sa saison 6, Homeland a réussi à mettre en place une intrigue politique forte, loin des schémas auxquels elle nous avait habitués.

Chaque épisode a su faire monter le rythme crescendo. La saison a abordé des sujets forts comme les fakes news et la désinformation, l’utilisation des données personnelles, la défiance de l’exécutif américain vis-à-vis des agences de renseignements.

Ainsi, à la menace terroriste des premières saisons se superpose dans cette saison 7, une seconde menace, celle de la dégénérescence des principes moraux du gouvernement américain, notamment en matière de politique étrangère.

A l’ère de Donald Trump, cette saison 7 promet de s’interroger sur ce que signifie être Américain dans une Amérique et un monde post-11 septembre, et de montrer la fracture profonde qui divise la nation entre pro-Trump et anti-Trump. Les créateurs ont su renverser les codes et Homeland n’a jamais aussi bien porté son nom : la menace extérieure, est devenue intérieure. Un cauchemar en perspective qui mérite le coup d’œil, non ?