Cahuzac et l’argent supposé des rocardiens

Au second jour de son procès en appel pour fraude fiscale et blanchiment, l’ex-ministre a abandonné toute arrogance et s’est efforcé de montrer qu’il n’avait pas eu le choix.

L’ancien ministre Jérôme Cahuzac et son avocat, Eric Dupond-Moretti, à Paris le 12 février.

Jérôme Cahuzac est grave et tout en repentance, il répète doucement, d’une voix chaude et agréable, « je reconnais les faits. C’est une faute que j’assume, et ça n’excuse pas la fraude. » Au second jour de son procès en appel pour fraude fiscale et blanchiment, l’ancien ministre du budget, sanglé dans un costume impeccable et une chemise d’un blanc éblouissant, a abandonné, mardi 13 février, toute trace d’arrogance, et s’est efforcé, d’ailleurs assez subtilement, de montrer qu’il était une sorte de victime des circonstances, et qu’il n’avait finalement pas eu le choix – si ce n’est de se dénoncer.

Le moyen choisi par la défense, c’est le financement clandestin des rocardiens. Jérôme Cahuzac n’en avait pas dit un mot pendant l’instruction. « Le scandale était déjà considérable, considérable, déclare le chirurgien, j’ai délibérément choisi de ne pas parler du financement politique, il y avait déjà ce scandale qui m’écrasait. » Il l’a soulevé pour la première fois devant le tribunal en septembre 2016, deux mois après la mort de Michel Rocard, et c’est peu dire qu’il n’a pas convaincu. « Quand vous avez parlé de Rocard, vous étiez déjà un menteur, a résumé rudement son avocat Eric Dupond-Moretti, et on a dit que vous aviez piétiné un cadavre. »

En mai 1991, le premier ministre Michel Rocard est limogé, Jérôme Cahuzac, qui est conseiller technique auprès de Claude Evin, ministre de la santé, se retrouve à la rue, enfin dans la très chic avenue de Breteuil. Chef de clinique en chirurgie cardiaque, puis viscérale, pendant cinq ans, il a alors perdu l’essentiel de ses réseaux mais tombe heureusement sous le charme du bon docteur Pouteaux, « un homme absolument charmant », qui s’épanouit dans l’implant capillaire et dans une fortune de bon aloi : chaque patient rapporte entre 2 000 et 5 000 euros. « Je ne veux pas mépriser cette activité, a expliqué le prévenu, j’en voyais…