«One Planet summit»: Il va servir à quoi ce sommet voulu par Emmanuel Macron?

La Seine musicale à Boulogne-Billancourt, bâtiment conçu par l'architecte japonais Shigeru Ban et son associé Jean de Gastines. (Illustration)

La Seine musicale à Boulogne-Billancourt, bâtiment conçu par l'architecte japonais Shigeru Ban et son associé Jean de Gastines. (Illustration) — SIPA

  • Environ 4.000 participants sont attendus ce mardi à la Seine Musicale, à Paris, pour un nouveau grand rendez-vous sur le climat, un mois à peine après la COP 23 de Bonn.
     
  • Cette fois-ci, il sera question plus précisément de finances climatiques. Avec deux questions clés : Comment mettre les investissements au service de la transition énergétique ? Et comment assurer la solidarité entre pays du Nord et ceux du Sud.
     
  • Une douzaine d’annonces sont promises. Côté français, on pousse à l’instauration d’une taxe sur les transactions financières adoptée à l’échelle européenne.

« Un sommet de l‘action, de la mise en œuvre » et non pas « un sommet de tribunes, d’incantations où des chefs d’Etats prennent tour à tour la parole… » Bref, du concret… C’est du moins la promesse martelée par les trois organisateurs (France, Nations unies et Banque mondiale) du « One planet summit ». Ce nouveau rendez-vous international pour le climat est organisé ce mardi à la Seine Musicale sur l ’île Seguin (Boulogne-Billancourt).

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Combien d’acteurs attendus ? Pourquoi maintenant ? Et que faut-il en attendre ? Avant son ouverture, 20 Minutes balaie les principales questions autour de ce sommet du 12 décembre

Qui sera présent ce mardi ?

Environ 4.000 participants sont attendus ce mardi à la Seine Musicale. Des chefs d’Etats et de gouvernement, des maires de capitales (Paris, Quito, Buenos-Aires, Séoul), des fonds d’investissement, des banques de développement, des entreprises, des ONG… et même l’acteur américain Léonardo Di Caprio.

Cette diversité des acteurs est l’un des points forts pointés par les organisateurs. « Ce sommet est différent car il ne s’agit pas d’une énième rencontre politique à haut niveau, il va permettre de rassembler des groupes de personnes qui habituellement ne se rencontrent pas », estimait Jim Yong Kim, président de la Banque mondiale lors de la présentation du sommet.

Une cinquantaine de chefs d’État et de gouvernements sont annoncés, dont la Première ministre britannique Theresa May, son homologue espagnol Mariano Rajoy ou le président mexicain Enrique Pena Nieto. Pas de Donald Trump en revanche, mais plusieurs voix des « We are still in » [« Nous sommes toujours là »], une coalition d’acteurs américains déterminés à maintenir les efforts pour lutter contre le réchauffement climatique, seront bien présents. Le milliardaire Bill Gates ou le gouverneur de Californie Edmund G. Brown, son prédécesseur Arnold Schwarzenegger ou l’ancien maire de New York, Michaël Bloomberg.

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Comment se déroulera la journée ?

La journée se déroulera en deux grandes parties. La matinée sera consacrée à des tables rondes. Il y en aura quatre pour être précis, toutes axées sur des problématiques financières et notamment la question du financement climatique, véritable fil rouge de ce One planet summit. Comment changer l’échelle de la finance pour l’action climat ? Comment verdir la finance ? Comment accélérer l’action locale et régionale en faveur du climat ?…

L’après-midi, place au « segment de haut niveau », le nom donné à ces discussions qui réunissent les acteurs les plus importants d’un sommet. Les organisateurs promettent une douzaine d’annonces à l’issue de cette journée.

Pourquoi Paris et pourquoi maintenant ?

Ce sommet arrive jour pour jour deux ans après la signature de l’Accord de Paris pour le climat, conclusion de la COP 21 et premier accord universel sur le climat.

Ce « One Planet summit » est déjà donc l’occasion de marquer un anniversaire. Voulu par Emmanuel Macron- il l’a annoncé dès juillet dernier en marge du G20 à Hambourg-, cette grande réunion internationale est aussi pour la France une façon de bien se positionner dans le paysage du « leadership climatique » en pleine recomposition depuis le retrait de Donald Trump de l’Accord de Paris.

Enfin, ce sommet est aussi la première étape d’une série de grands rendez-vous internationaux sur le climat qui se succéderont d’ici 2020 et l’entrée en vigueur officielle de l’Accord de Paris. A ce « One Planet summit » suivront un sommet des acteurs non étatique en Californie, en septembre prochain, la COP 24 en Pologne, ou encore le sommet climatique des Nations unies à New York en septembre 2019.

Pourquoi mettre l’accent sur la finance climatique ?

C’est le nerf de la guerre dans la lutte contre le changement climatique. C’est d’abord une question d’orientation des investissements. Jeudi dernier, 80 économistes de vingt pays différents et réunis par l’ONG 350.org ont lancé un appel demandant la fin immédiate des investissements dans les énergies fossiles. « Les gisements actuellement exploités de pétrole, de gaz et de charbon représentent un potentiel d’émissions de gaz à effet de serre suffisamment important pour rendre impossible tout maintien du réchauffement climatique en dessous des 2°C », souligne l’appel.

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« Autrement dit, tout investissement dans de nouveaux forages d’exploration ou d’exploitation, de nouvelles constructions d’oléoducs ou de terminaux méthanier nous éloignerait un peu plus encore de la trajectoire », explique Nicolas Haeringer, porte-parole de l’ONG 350.org. Et c’est autant d’argent en moins pour les énergies renouvelables.

A l’orientation des investissements s’ajoute une deuxième question : celle de la solidarité internationale. En 2009, lors du sommet de Copenhague, les pays riches s’étaient engagés à mobiliser 100 milliards de dollars par an d’ici 2020 pour que les pays pauvres puissent engager la transition énergétique et s’adapter au changement climatique. Cet objectif n’est pas encore atteint, ce que n’ont pas manqué de rappeler des dirigeants de pays du sud à la Cop 23 de Bonn.

Que faut-il attendre de ce sommet ?

Il n’y aura pas d’annonces globales impliquant tous les acteurs, mais plus vraisemblablement des engagements État par État ou coalition par coalition. Comme l’instauration d’une taxe sur les transactions financières à l’échelle européenne ? Quatre ministres d’Emmanuel Macron ont d’ores et déjà mis la proposition sur la table ce dimanche dans le JDD. « Ce serait une bonne chose, lance Lucie Dufour, responsable des politiques internationales au Réseau Action climat (RAC). Bien faîte, cette taxe serait un outil puissant permettant de lever jusqu’à 22 milliards de dollars par an pour le climat. »

Mais le RAC regarde aussi de près les efforts que la France s’appliquera à elle-même. « Puisqu’elle a pris l’initiative de ce sommet, elle doit se montrer exemplaire », indique Lucie Dufour. A commencer sur ses soutiens financiers aux énergies fossiles. « Entre les remboursements et les exonérations de taxes dont profitent l’industrie des énergies fossiles et ceux qui profitent de ces énergies, ce sont 7,8 milliards d’euros qui n’ont pas été collectés en 2017 », calcule le RAC.

Le compte n’y est pas non plus sur la solidarité climatique, même si la France a récemment promis de porter sa contribution au fond vert [les fameux 100 milliards à réunir par an] à 5 milliards d’ici 2020. « Il y a deux volets dans ce fond vert : le financement de la transition énergétique et celui de l’adaptation doit permettre aux pays les plus pauvres de faire face aux conséquences déjà présentes du changement climatique, explique Lucie Dufour. Or, parce que les projets sont plus petits et moins rentables, la France contribue seulement à hauteur de 1,2 milliard de dollars à ce deuxième volet pourtant le plus urgent aujourd’hui. Nous souhaitons qu’elle double sa contribution. »