Fuite des cerveaux: Un chercheur fait le choix de rentrer en France, il raconte son difficile parcours

Illustration d'un scientifique dans un laboratoire.

Illustration d'un scientifique dans un laboratoire. — M.FYROL / AFP

  • La fondation Arc pour la recherche sur le cancer finance de jeunes chercheurs prometteurs pour qu'il reste en France et avance leurs recherches dans de bonnes conditions.
  • Geoffrey Guittard, chercheur marseillais, est l'un d'eux.
  • Il raconte son retour en France, pas toujours facile.

On l’appelle la « fuite des cerveaux ». En France, de nombreux doctorants s’expatrient à l’étranger dans le cadre de leurs recherches, notamment aux Etats-Unis pour, parfois, ne jamais revenir. Entre difficulté à décrocher un concours et «cdisation» incertaine, les freins à un retour seraient nombreux.

Geoffrey Guittard recevant son prix
Geoffrey Guittard recevant son prix – Fondation de l'Arc

A Marseille, la Fondation Arc pour la Recherche sur le cancer a permis à un jeune chercheur marseillais, Geoffrey Guittard, de continuer au Centre de recherche en cancérologie de Marseille son travail commencé outre-Atlantique. Primé à 34 ans dans la catégorie Prix Starck des meilleures présentations orales, ce chercheur, qui travaille sur l’immunothérapie, raconte son retour au pays, non sans embûche…

Pourquoi êtes-vous parti aux Etats-Unis ?

En tant que post-doctorant, le choix de rester en France est très compliqué après un doctorat. L’idée est de valoriser un maximum le CV, car le concours pour les chercheurs se juge aussi à travers les publications dans les revues spécialisées. On vise les gros journaux, on cherche plus de reconnaissance. On recherche donc un laboratoire avec plus de moyens. Il y en a en France, mais ils ne peuvent pas employer tout le monde. C’est un métier où l’on est obligé de partir. Je suis donc resté cinq années au National Institutes of Health (dans le Maryland ndlr).

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Qu’appréciez-vous dans votre vie de chercheur aux Etats-Unis ?

Avec ma femme et ma fille, on était très bien aux Etats-Unis. Rester aux Etats-Unis en tant que chercheur, c’est la solution de facilité : il y a énormément d’opportunités, beaucoup plus qu’en France en termes de nombre. C’est plus facile de trouver un boulot là-bas. De ma promo, sur les quatre/cinq à être partis, je pense être le seul à être rentré en France, ils sont tous restés aux Etats-Unis.

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Qu’est-ce qui vous a poussé à rentrer ?

Je voulais absolument revenir dans un laboratoire français car, contrairement aux Etats-Unis, ces laboratoires accueillent beaucoup d’étudiants. Je voulais partager mon savoir avec eux. Cela m’intéresse énormément, je souhaitais ramener en France mon expérience acquise aux Etats-Unis.

Quelles ont été les difficultés ?

La principale difficulté, c’est le financement. J’ai eu la chance de trouver un laboratoire français qui a bien voulu m’accueillir et la fondation Arc m’a financé pour deux ans. C’est bien, mais en revenant avec un CDD de deux ans, on n’arrive pas à se loger, à acheter une voiture. On est obligé de s’endetter, prendre une caution, même avec des diplômes. On ne nous fait pas confiance, on est un peu bloqués, précaires sans CDI. Au contraire, dans ces domaines, la vie est beaucoup plus facile aux USA. Et, en France, en tant que chercheur, le CDI n’est pas sûr, car l’une des voies privilégiées est le concours. Or, il y a très peu de places : dans mon domaine, il recrute quatre/cinq personnes chaque année, pour une centaine de candidatures ! Il en faudrait plus.

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De quoi vous inquiéter pour la suite ?

C’est vrai que c’est un vrai pari, il faut avoir le concours. Et après les deux ans de financement, pour le moment, pour moi, c’est l’inconnu. Ce prix de la fondation Arc, c’est prometteur pour la suite, mais ça ne me donne pas de certitude. Dans la recherche, on ne sait pas de quoi demain sera fait. C’est peut-être pour cela qu’il y a de moins en moins d’étudiants qui choisissent cette voie. Ils me disent : "OK, tu es parti aux USA, tu as tout ça, et après ? Tu n’as toujours pas de contrat." Mais chez moi, la passion a devancé la raison ! (rires)